Par Dahn Habib Sénamblé
Le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) vient, une fois de plus, de rater un rendez-vous avec l’histoire.
En décidant de boycotter les prochaines élections législatives, le parti de Laurent Gbagbo transforme son indignation politique en acte d’autodestruction programmée. Un geste présenté comme un sursaut de dignité, mais qui, à y regarder de plus près, s’apparente davantage à un suicide collectif guidé par l’orgueil, l’irresponsabilité et une incompétence stratégique flagrante.
Un boycott qui trahit une faiblesse, pas une résistance
Dans un pays où la bataille pour la représentativité se joue désormais dans les urnes — quelles qu’en soient les imperfections — refuser de participer, c’est laisser le champ libre à ceux qu’on prétend combattre.
Le PPA-CI, en se retirant, ne punit pas le régime ; il punit ses militants, ces milliers d’ivoiriens qui croient encore qu’une alternance pacifique est possible.
On peut bien invoquer la “fraude institutionnalisée” et les “dérives autoritaires”, mais à force de boycotter tout ce qui ne lui sourit pas, le parti de Gbagbo se condamne à une existence de spectateur — un parti de commentaires, pas d’action.
Une secte politique plus qu’un parti
Le PPA-CI semble désormais plus proche d’une secte de fidélité nostalgique que d’une formation politique moderne. Tout gravite autour d’un chef vénéré, enfermé dans une posture messianique, alors que le monde politique ivoirien évolue vers des logiques d’alliances, de compromis et de stratégies adaptatives.
Ce culte du “tout ou rien”, hérité d’une époque révolue, empêche toute évolution doctrinale, toute ouverture, toute remise en question.
Pendant ce temps, les jeunes générations regardent ailleurs.Elles voient un parti figé dans ses blessures, plus prompt à dénoncer qu’à convaincre, à se victimiser qu’à reconstruire.
Un cadeau en or au RHDP
Ironie de l’histoire : en claquant la porte des législatives, le PPA-CI offre au RHDP ce que celui-ci n’aurait jamais osé espérer — un hémicycle sans véritable opposition. Le pouvoir n’aura même pas besoin de forcer la main : le vide se crée de lui-même. À ce rythme, le PPA-CI ne sera bientôt plus un problème pour le régime, mais un atout stratégique, une sorte d’épouvantail commode qui permet de faire croire à un pluralisme… sans adversaire crédible. « Une bénédiction politique », commente avec ironie un cadre du RHDP. Et difficile de lui donner tort : quand l’adversaire s’auto-efface, la victoire devient une simple formalité.
L’heure de vérité
Il est temps que la direction du PPA-CI sorte de ses certitudes et regarde la réalité en face. Le pays a changé. Le peuple veut des solutions, pas des postures. La démocratie se conquiert dans les institutions, pas dans les communiqués ou les boycotts. À force de fuir les urnes, le PPA-CI risque de se retrouver hors du jeu, hors du temps, hors du peuple. Le plus inquiétant n’est pas tant le boycott en lui-même que l’incapacité du parti à penser une stratégie d’avenir. Et pendant que la maison brûle, les cadres se taisent, préférant réciter la ligne officielle comme un chapelet de fidélité mal comprise.
En refusant d’être présent dans les institutions, le PPA-CI choisit le confort du cri au détriment de la conquête. Et dans l’arène politique, ceux qui refusent de jouer finissent toujours par disparaître des tribunes.