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COP30 | Climat

La Chine et les Émirats arabes unis parmi les bénéficiaires inattendus des fonds destinés aux pays pauvres

COP30 | Climat

Par Dahn Habib Sénamblé, info : Rfi

À la COP30, à Belém, au Brésil, les négociations entrent dans leur deuxième semaine. Et déjà, un premier constat s’impose : l’argent promis par les pays riches pour aider les nations vulnérables à affronter le dérèglement climatique n’arrive pas toujours là où il est le plus attendu.

C’est ce que révèle une enquête conjointe du Guardian et du média spécialisé Carbon Brief, publiée samedi 15 novembre, alors que les délégations dressaient un bilan intermédiaire des discussions.

Un engagement vieux de quinze ans, timidement respecté

Retour en 2009 : à Copenhague, lors de la COP15, les pays industrialisés s’engagent à mobiliser 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020 pour financer l’adaptation et atténuer les effets du réchauffement dans les pays en développement.

Un engagement politique fort, censé reconnaître leur responsabilité historique dans les émissions mondiales.

Mais il a fallu attendre 2022 pour que le montant soit enfin atteint. Et les données analysées par le Guardian et Carbon Brief – issues des rapports à l’ONU et de l’OCDE – montrent que l’usage de ces fonds pose aujourd’hui question.

Des bénéficiaires inattendus : l’Inde, la Chine, les Émirats

Selon cette enquête, la plus grande part des financements climatiques internationaux entre 2021 et 2022 n’a pas été dirigée vers les pays les plus pauvres, mais vers des pays à revenu intermédiaire.

L’Inde arrive largement en tête, avec 14,1 milliards de dollars reçus sur la période.

Plus surprenant encore : la Chine, deuxième économie mondiale, a perçu 3 milliards de dollars provenant principalement de banques multilatérales ; les Émirats arabes unis, l'un des pays les plus riches par habitant, ont obtenu plus d’un milliard de dollars du Japon.

Les pays les plus vulnérables traités en derniers

À l’inverse, les 44 pays les moins avancés ne reçoivent qu’environ 20 % de l’aide climatique mondiale. Et une grande partie sous forme de prêts, et non de subventions.

Dans certains cas, comme pour le Bangladesh ou l’Angola, 95 % des financements reçus sont des prêts, augmentant encore leur vulnérabilité financière.

Pour les experts cités par le Guardian et Carbon Brief, cette situation illustre une double impasse.

Une classification obsolète et un système sans contrôle

D’abord, la catégorie des « pays en développement » définie en 1992 lors de la création de la Convention climat est devenue obsolète.

Des nations comme la Chine, les Émirats ou des États pétroliers du Golfe y figurent toujours, malgré une croissance économique fulgurante.

Ensuite, la distribution des fonds repose sur une architecture éclatée : financements bilatéraux, banques de développement, mécanismes multilatéraux non coordonnés.

Dans ce système sans véritable régulation centrale, les intérêts politiques et géostratégiques jouent souvent un rôle décisif dans le choix des bénéficiaires.

L’ONU appelle à une refonte du financement climatique

Face à ces dérives, les Nations unies plaident pour une réforme en profondeur du système financier mondial appliqué au climat.

Objectif : garantir que les financements atteignent en priorité les pays les plus exposés aux inondations, sécheresses, montée des eaux et chocs économiques liés au dérèglement climatique.

À Belém, où les discussions doivent reprendre en plénière, le sujet promet d’être au cœur des tensions entre pays du Nord et du Sud. Une question de crédibilité, mais aussi de justice climatique, alors que les impacts du réchauffement s’intensifient.

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