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Culture

Carnet touristique| Bondoukou

La ville aux mille mosquées, et son musée des arts et traditions aux quatre portes

Carnet touristique| Bondoukou

Par Dahn Habib Sénamblé

À 416 km d’Abidjan, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, Bondoukou déploie ses ruelles étroites et ses mosquées aux minarets élancés. Surnommée « la ville aux mille mosquées », elle est aussi le cœur du pays Zanzan, un carrefour de cultures et d’histoires.

En plein centre, là où quatre grandes artères se croisent, se dresse le musée des arts et traditions de Bondoukou, un bâtiment au charme singulier qui raconte le passé et la mémoire de la ville.

Quatre portes vers l’histoire

Le musée attire le regard par ses quatre entrées, chacune orientée vers un point cardinal, comme pour symboliser l’unité de la ville. Ancien marché de Bondoukou avant 1971, il a vu passer des générations de marchands et de visiteurs. En 1989, après les crises sociopolitiques et militaires, le bâtiment a été consolidé en ciment tout en conservant son plan originel. « On retrouve le même type de construction au Mali, à Bamako et Sikasso », explique Ouattara Bema, jeune volontaire et gardien du musée, en désignant les arches de terre cuite et les piliers robustes qui portent encore l’empreinte de l’histoire.

À l’intérieur, l’air est calme, presque solennel. Sur les murs, des fresques d’anciens rois racontent une histoire que peu de visiteurs connaissent. Quelques masques traditionnels reposent dans le bureau de Bema, leur présence seule rappelant le rôle du musée comme lieu de mémoire et de transmission culturelle.

Entre légendes et réalités

« Les gens racontent que c’est le siège des génies ! », sourit Bema en secouant la tête. Cette légende, souvent répétée par les habitants, reflète moins la peur que l’admiration et la méconnaissance des arts traditionnels. Pourtant, il y a de la vie autour du musée. Ce matin-là, Aminata, une jeune étudiante en histoire, parcourt la cour, carnet à la main. « Je viens pour comprendre l’histoire de ma ville », dit-elle. « Ces fresques, ces objets, c’est notre mémoire vivante. »

Dans la cour trône la première machine à charbon ayant bitumé la ville, un vestige industriel qui rappelle que Bondoukou n’est pas seulement culturelle, mais aussi pionnière dans ses infrastructures. Chaque objet, chaque fresque, chaque coin de pierre raconte la rencontre entre le passé et le présent.

Un patrimoine à faire rayonner

Le musée est classé monument historique, mais sa reconnaissance reste incomplète. « Nous espérons attirer plus de visiteurs, des écoles, des chercheurs… », confie Bema, avec une lueur d’espoir. Pour lui, ce bâtiment n’est pas qu’un musée : c’est l’âme de Bondoukou, un carrefour où se croisent l’histoire, les traditions et le futur de la ville.

En sortant, le soleil caresse les façades ocre des maisons, et l’on comprend que Bondoukou, avec ses mille mosquées et son musée aux quatre portes, est un endroit où le temps semble à la fois s’arrêter et continuer son chemin, dans le souffle des légendes et la rigueur de la mémoire.


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