À Bouaké, capitale politique symbolique du centre ivoirien, la jeunesse du RHDP de la région politique s’organise comme une armée électorale. Sous la bannière du mot d’ordre “Zéro abstention”, l’Union des jeunes du parti présidentiel a annoncé ce vendredi, un meeting géant prévu le 19 octobre, destiné à galvaniser plus de 15 000 participants.
Objectif affiché : transformer la fidélité au président Alassane Ouattara en un vote massif et discipliné, à dix jours du scrutin.
Derrière le ton militant, l’initiative révèle une stratégie politique bien rodée : replacer la jeunesse au cœur de la machine électorale. Dans un contexte où la participation est souvent le maillon faible des processus démocratiques, le RHDP fait du vote un acte de reconnaissance politique.
« Il est important que nous lui disions merci en allant voter », a lancé le président du comité d’organisation N'Goran Koffi Germane, associant explicitement le vote à la gratitude pour les politiques publiques menées en faveur des jeunes.
Cette rhétorique n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans la logique d’un contrat générationnel, où la jeunesse, sous l’impulsion du ministre-maire Amadou Koné, devient à la fois bénéficiaire et garant du projet houphouëtiste. Bouaké, bastion symbolique du RHDP, apparaît ainsi comme le laboratoire d’une mobilisation civique encadrée, où la participation électorale se confond avec la loyauté politique.
Mais au-delà de la ferveur partisane, cette opération “Zéro abstention” dit quelque chose de plus profond : la bataille du taux de participation est désormais l’un des indicateurs de légitimité du pouvoir. Dans une élection dont l’issue paraît favorable au président sortant, le véritable enjeu n’est plus de convaincre, mais de faire voter — massivement, et pacifiquement.
En appelant à “une présidentielle sans violence”, les organisateurs veulent aussi répondre à une exigence de maturité démocratique : celle d’une jeunesse qui s’affirme non plus comme instrument d’agitation, mais comme actrice de la stabilité.
Ainsi, derrière les tambours et les slogans, Bouaké se positionne comme une scène où se joue une équation politique essentielle : comment transformer le capital de fidélité en participation électorale, et la mobilisation partisane en preuve de légitimité nationale.
Info: Ba Souleymane