Dans la région du Bafing, la campagne électorale du RHDP prend les allures d’une démonstration de méthode. En première ligne, Moussa Sanogo, ministre du Patrimoine, du Portefeuille de l’État et des Entreprises publiques, s’impose comme l’un des visages les plus actifs du dispositif de campagne du président sortant, Alassane Ouattara à Touba, chef-lieu de région du Bafing (Nord-Ouest ivoirien). Son mot d’ordre : transformer la loyauté historique du Bafing en un vote massif et discipliné le 25 octobre prochain.
Partout où il passe (Touba, Ouaninou, Koro ou Foungbesso), le ministre déroule le récit du “bilan tangible” : routes, électrification, accès à l’eau, écoles, hôpitaux. Il ne se contente pas de promettre, il met en scène les acquis du pouvoir, comme une pédagogie du progrès. « Dans le Bafing, on sait d’où l’on vient et où l’on est aujourd’hui », répète-t-il, liant le développement visible à la continuité politique.
Mais la véritable bataille, il le sait, se joue ailleurs : dans les bureaux de distribution des cartes d’électeurs. C’est là que se mesure la traduction concrète du soutien au RHDP. Le ministre le martèle : pas de carte, pas de voix. Il a fait du retrait des cartes d’électeur un enjeu stratégique, allant jusqu’à organiser des séances de sensibilisation et de simulation du vote pour limiter les erreurs et renforcer la participation.
Cette approche traduit une évolution dans la culture politique ivoirienne : la campagne ne se limite plus à séduire, elle vise à structurer la mobilisation. Moussa Sanogo incarne cette mutation. Sa campagne n’est pas seulement militante, elle est aussi administrative, presque technocratique. L’État n’est plus seulement un thème de discours, il devient une machine à organiser le vote.
Le ministre du Bafing joue ainsi sur un double registre : celui du messager politique et de l’administrateur du développement. Il multiplie les rencontres avec les communautés locales, les chefs coutumiers, les familles influentes et les allochtones, construisant un maillage social dense. Son objectif : transformer la proximité en légitimité, la reconnaissance en bulletins.
Dans une campagne où les mots “efficacité” et “résultats” dominent le lexique du pouvoir, Moussa Sanogo s’impose comme le visage de la gouvernance territoriale appliquée à la politique.
Le Bafing devient alors un laboratoire du lien entre gouvernance et légitimité électorale : la démonstration que le développement peut aussi être un langage politique, que la route goudronnée et le dispensaire rénové peuvent valoir autant qu’un slogan.
À mesure que la campagne avance, une leçon se dégage : dans la Côte d’Ivoire post-crise, la stabilité ne se décrète pas, elle se cultive — village après village, carte après carte. Et sur ce terrain, Moussa Sanogo mène bien plus qu’une campagne : il conduit une stratégie d’ancrage du pouvoir par la preuve.
La Rédaction