‘‘Le Président américain dit riposter à la décision de la Cour suprême’’
Par Dahn Habib Sénamblé avec Rfi
Washington, 21 février 2026 – Le président américain a annoncé samedi une hausse immédiate de ses nouveaux droits de douane dits « mondiaux », portés de 10 % à 15 %, au lendemain d’une décision de la Cour suprême qui a largement invalidé le fondement juridique de sa stratégie commerciale.
Vendredi, un décret présidentiel prévoyait l’instauration, à compter du 24 février et pour une durée de 150 jours, d’un tarif généralisé de 10 % sur les importations. Moins de vingt-quatre heures plus tard, le chef de l’État a relevé ce taux au plafond de 15 %, niveau maximal autorisé par le texte législatif invoqué. Sur son réseau Truth Social, il a assuré que d’autres mesures « conformes à la loi » seraient annoncées dans les mois à venir.
Une riposte à la décision de la Cour suprême
La haute juridiction américaine a estimé que le président avait outrepassé ses prérogatives en invoquant une urgence économique pour justifier des droits de douane présentés comme « réciproques ». Ce revers judiciaire fragilise l’architecture juridique d’une politique tarifaire devenue l’axe central de son programme économique.
Quelques exceptions demeurent, notamment pour certains produits pharmaceutiques et pour des biens couverts par l’accord commercial liant les États-Unis, le Mexique et le Canada. Mais pour l’essentiel des importations, le relèvement à 15 % s’applique pour les cinq prochains mois.
Selon plusieurs observateurs à Washington et New York, cette décision traduit la détermination du président à maintenir une ligne dure en matière commerciale, en dépit du rappel à l’ordre judiciaire. Il a d’ailleurs promis d’« utiliser tous les moyens légaux » pour défendre sa stratégie, laissant présager de nouveaux contentieux.
Incertitudes économiques et risques budgétaires
La politique douanière constitue un pilier de la stratégie économique de Donald Trump, qui affirme qu’elle favorisera la relocalisation industrielle, soutiendra l’emploi et générera des recettes substantielles pour financer baisses d’impôts et réduction du déficit.
Or, les projections récentes de l’agence budgétaire du Congrès indiquent un impact inverse à long terme. Sur dix ans, la trajectoire actuelle pourrait accroître le déficit public de 1 400 milliards de dollars, en raison d’un ralentissement de l’activité et de recettes moindres qu’anticipé. Le déficit pourrait ainsi dépasser 6 % du PIB, exerçant une pression haussière sur les taux d’intérêt.
Autre enjeu sensible, celui des remboursements potentiels. Les droits de douane invalidés par la Cour suprême pourraient donner lieu à des restitutions estimées à plus de 170 milliards de dollars. Interrogé sur cette éventualité, le président a éludé la question, laissant planer l’hypothèse d’une longue bataille judiciaire.
Selon l’agence budgétaire du Congrès, près de 95 % du coût réel des droits de douane est supporté par les consommateurs et les entreprises américaines, via la hausse des prix et l’augmentation des coûts de production. Les petites entreprises, déjà fragilisées par les tensions commerciales, apparaissent particulièrement exposées.
L’Europe plaide pour une réponse coordonnée
En Europe, la décision américaine suscite des réactions prudentes mais fermes. Le ministre français chargé du Commerce extérieur, Nicolas Forissier, a appelé à une réponse « unie » de l’Union européenne, évoquant la possibilité de mesures de rétorsion coordonnées.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a, lui aussi, souligné que la politique commerciale relève de la compétence communautaire et doit faire l’objet d’une position européenne commune. Des consultations sont en cours entre les États membres et la Commission européenne afin d’évaluer les conséquences juridiques et économiques de la décision américaine.
Dans l’immédiat, les marchés financiers ont réagi sans panique apparente. Mais la séquence ouvre une période d’incertitude prolongée sur l’avenir des relations commerciales transatlantiques et sur la stabilité du cadre juridique américain en matière de commerce international.