‘‘Le parti au pouvoir en avait fait une promesse de campagne’’
Par Dahn Habib Sénamblé avec Rfi
Dakar, 19 février 2026 – Le gouvernement sénégalais a adopté mercredi en Conseil des ministres un projet de loi visant à renforcer la répression des actes homosexuels, a-t-on appris de source officielle, un texte qui doit encore être soumis au vote des députés.
Porté par l’exécutif, le projet prévoit de modifier l’article 319 du Code pénal, qui sanctionne les actes dits « contre nature », en doublant les peines d’emprisonnement – jusqu’à dix ans – et en alourdissant les amendes, qui pourraient atteindre 10 millions de francs CFA contre 1,5 million actuellement.
Extension des sanctions à « l’apologie »
La principale nouveauté du texte réside dans l’extension des sanctions à toute personne ou organisation se rendant coupable d’« apologie » des relations homosexuelles.
« Toutes les organisations qui tentent d’encourager, que ce soit par des films, le cinéma, la télévision ou l’écrit, la philosophie LGBT (…) sont concernées », a déclaré le ministre de la Culture, Amadou Ba, cité par des médias locaux. Il a précisé que le projet prévoit également des sanctions contre les « dénonciations calomnieuses », afin d’éviter des accusations infondées.
Selon lui, quiconque accuserait une personne d’homosexualité sans preuve s’exposerait à une peine de deux à trois ans de prison et à une amende comprise entre 200 000 et 500 000 francs CFA.
Inquiétudes et critiques
L’annonce de ce projet intervient dans un contexte de tensions accrues, marqué ces derniers jours par l’arrestation de plusieurs hommes accusés d’« actes contre nature » et de transmission volontaire du VIH.
Des voix s’élèvent pour dénoncer une intensification des poursuites contre les personnes LGBT. Plusieurs témoignages évoquent un climat de crainte au sein de cette communauté.
L’organisation Human Rights Watch a critiqué un texte dont les termes, jugés « généraux » et « mal définis », pourraient selon elle ouvrir la voie à des atteintes à la liberté d’expression, d’association et à l’accès aux soins de santé.
« Criminaliser la promotion ou le financement de l’homosexualité pourrait entraver le travail d’ONG intervenant notamment dans la lutte contre le VIH », a estimé Alex Müller, responsable des questions LGBT au sein de l’ONG, appelant les autorités à respecter leurs engagements internationaux.
Avant son entrée en vigueur, le projet de loi devra être examiné et voté par l’Assemblée nationale.