Lire, se lire et être lu....

Monde

France | Union européenne

Macron appelle à une « révolution industrielle » européenne face aux États-Unis et à la Chine

France | Union européenne
‘‘Emmanuel Macron a notamment pointé le risque de pressions américaines’’

Par Dahn Habibv Sénamblé avec Rfi

Paris, le 10 février — Le président français Emmanuel Macron a appelé à une « révolution industrielle européenne » afin de réduire la dépendance du continent vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, estimant que l’avenir industriel de l’Union européenne pourrait se jouer dans les « trois à cinq ans » à venir.

Dans un entretien accordé à plusieurs médias européens, dont Le Monde, The Economist et la Süddeutsche Zeitung, le chef de l’État français a exhorté l’Union à se doter d’outils communs plus ambitieux en matière de défense, de transition écologique et d’intelligence artificielle.

« Un état d’urgence géopolitique et géo-économique »

Face aux investissements massifs consentis par Washington et Pékin, Emmanuel Macron estime que l’Europe fait face à un « état d’urgence géopolitique et géo-économique ». Il appelle notamment à s’attaquer à « l’hégémonie du dollar » et à instaurer une « préférence européenne » dans des secteurs jugés stratégiques, comme les technologies vertes, le numérique, la défense et la sécurité.

Le président français a également mis en garde contre un excès de confiance des dirigeants européens dans leurs relations avec les États-Unis, évoquant ce qu’il qualifie de « moment Groenland », en référence à de récentes tensions diplomatiques.

« Il y a les menaces et les intimidations. Et puis, d’un seul coup, Washington recule. Et on pense que c’est fini. Mais n’y croyez pas une seule seconde », a-t-il averti.

Régulation du numérique dans le viseur

Emmanuel Macron a notamment pointé le risque de pressions américaines accrues sur la régulation européenne du numérique.

« Les États-Unis vont, dans les prochains mois, c’est sûr, nous attaquer sur la régulation du numérique », a-t-il affirmé, citant également les secteurs de la pharmacie et des technologies comme particulièrement exposés.

Une séquence diplomatique et industrielle européenne

Ces déclarations interviennent alors que le président français entame, à partir de ce 10 février, une séquence de déplacements consacrée à ses priorités économiques. Il doit se rendre à Dunkerque, sur un site du groupe ArcelorMittal, avant de participer mercredi à Anvers à un sommet sur l’industrie européenne aux côtés du chancelier allemand Friedrich Merz et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Jeudi, Emmanuel Macron participera à une réunion informelle des dirigeants des Vingt-Sept, consacrée au dossier-clé de la compétitivité européenne, qui pourrait déboucher sur un agenda législatif accéléré.

Selon l’entourage du président, en cas d’absence de consensus à vingt-sept, la France se dit « prête à avancer par des coopérations renforcées » avec les États volontaires.

Vers un nouvel endettement commun européen

Autre thème majeur de l’entretien : la question d’un nouvel emprunt commun européen. Après l’émission d’une dette commune durant la pandémie de Covid-19 pour financer le plan de relance, Emmanuel Macron plaide désormais pour un instrument similaire destiné à financer les investissements stratégiques.

Il évalue les besoins d’investissements publics et privés de l’Union européenne à « environ 1 200 milliards d’euros par an », en additionnant les nécessités liées aux technologies vertes et numériques ainsi qu’à la défense et à la sécurité.

« C’est le moment de lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des eurobonds d’avenir », a-t-il insisté.

Avantages économiques, obstacles politiques

Selon Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG, interrogé par RFI, une dette commune européenne présenterait un double avantage.

« Le premier serait de disposer d’une dette publique unique capable de concurrencer la dette américaine et de favoriser l’internationalisation de l’euro. Le second, le plus important, serait de permettre aux États les plus endettés de bénéficier de la crédibilité des pays moins endettés », explique-t-il.

Mais le projet se heurte à de fortes résistances politiques, notamment en Allemagne, où la mutualisation des dettes reste un sujet sensible auprès de l’opinion publique.

Partager cet article

Slogan : Lire, se lire et être lu....

© www.infos-plurielles.net. Tous droits réservés.