‘‘Une pathologie stigmatisante prise à bras-le-corps’’
Idress Abkar à Bouaké
Région de Gbêkê et du Poro, 2 décembre 2025 — À Bouaké dans le Centre et à Korhogo dans le Nord de la Côte d’Ivoire, cinquante femmes souffrant de fistule obstétricale — souvent qualifiée de « maladie de la honte » en raison de la stigmatisation qu’elle entraîne — ont bénéficié d’interventions chirurgicales restauratrices. L’annonce a été faite le mardi lors d’une visite des partenaires techniques et financiers auprès des patientes.
Cette initiative est portée par le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, en collaboration avec l’UNFPA, l’OMS et le Rotary Club Abidjan Deux-Plateaux, dans le cadre d’une caravane régionale d’information et de mobilisation autour de l’élimination de la fistule obstétricale.
Deux ans d’accompagnement pour redonner une dignité perdue
La prise en charge s’est déroulée du 24 novembre 2023 au 23 novembre 2025, grâce à un appui technique et financier constant de l’UNFPA, de l’OMS et du Rotary.
Selon le Dr Kouassi Kouadjo, chirurgien et point focal de la fistule obstétricale à Bondoukou, 25 femmes ont pu être opérées sur les 44 examinées.
« Cinq cas n’ont pas pu être opérés car associés à d’autres pathologies. Nous avons également identifié quatre cas très complexes nécessitant une mission spécialisée, probablement à Bodo. Par ailleurs, certaines femmes présentaient des symptômes proches de la fistule mais ne relevaient pas de cette pathologie. Aujourd’hui, 227 patientes restent sur la liste d’attente », a-t-il expliqué.
À leur sortie d’hospitalisation, les femmes opérées ont reçu des kits “Dignité” comprenant serviettes hygiéniques, pagnes et savons.
Un appel pressant au renforcement du soutien financier
Le représentant résident adjoint de l’UNFPA, Mohamed Ahmed Abd, a salué l’engagement des autorités ivoiriennes avant d’appeler à une mobilisation plus large.
« J’invite les mairies, les conseils régionaux, la société civile et le secteur privé à contribuer à ce mouvement national pour l’élimination de la fistule obstétricale. Unissons nos moyens pour une Côte d’Ivoire sans fistule », a-t-il insisté.
Pour lui, l’action conjointe de l’État et de ses partenaires a déjà permis de « redonner fierté et mieux-être à 50 femmes de Bouaké et de Korhogo ».
Des vies réparées, une dignité retrouvée
Pour les femmes opérées, cette intervention marque un tournant décisif après des années de souffrance, d’isolement et parfois de rejet familial.
Au nom des patientes, Mme Guei N’Dri Danielle Stéphanie a exprimé une profonde gratitude :
« Nous disons merci à tous ceux qui ont rendu notre guérison possible. Beaucoup d’entre nous avaient perdu tout espoir, rejetées par leurs époux ou leurs proches. Grâce à cette prise en charge, nous retrouvons le sourire et une nouvelle chance de vivre. »