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AES | Souveraineté affichée et réalités difficiles

Entre promesses de rupture et réalités contrastées, une nouvelle coalition citoyenne émerge

AES | Souveraineté affichée et réalités difficiles
‘‘Quand les contradictions politiques nourrissent une opposition transnationale’’

Une analyse de Dahn Habib Sénamblé

Au Sahel, les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, regroupés au sein de Alliance des États du Sahel (AES), se présentent comme des pouvoirs de rupture, porteurs de souveraineté retrouvée, de sécurité renforcée et de refondation de l’État.

Mais plusieurs observateurs et acteurs locaux soulignent un décalage croissant entre ces ambitions et la réalité du terrain : persistance de l’insécurité, restrictions des libertés publiques, incertitudes sur les transitions politiques, fragilités économiques et déplacements massifs de populations. Dans ce contexte tendu, une nouvelle initiative transnationale de la société civile vient de voir le jour.

Les paradoxes des régimes militaires de l’AES

Depuis leur arrivée au pouvoir à la faveur de coups d’État successifs, les autorités militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, réunies au sein de Alliance des États du Sahel (AES), affirment incarner une rupture : restauration de la souveraineté, sécurité renforcée, refondation des États. Pourtant, plusieurs dynamiques observées sur le terrain mettent en lumière des contradictions profondes entre les promesses initiales et la réalité.

Une promesse sécuritaire mise à l’épreuve

L’argument central des putschs reposait sur l’urgence sécuritaire. Les juntes justifiaient leur prise de pouvoir par l’incapacité des régimes civils à contenir la violence armée.

Or, malgré un repositionnement stratégique, notamment à travers une diversification des partenariats sécuritaires et une rhétorique souverainiste affirmée, la situation reste préoccupante dans de nombreuses zones. Les attaques persistent, les territoires hors contrôle étatique demeurent et certaines régions connaissent même une extension des violences.

L’une des principales incohérences réside dans le fait que des régimes installés au nom de la sécurité restent confrontés à une insécurité persistante, voire aggravée.

Rétrécissement de l’espace civique

Autre promesse implicite, celle de restaurer l’autorité de l’État tout en refondant le contrat social. Dans les faits, plusieurs signaux indiquent un durcissement du climat politique. Des restrictions de manifestations sont observées, des pressions s’exercent sur les médias et des acteurs critiques font l’objet d’intimidations ou d’interpellations.

Ce contexte alimente un sentiment de mise sous silence progressive des voix dissidentes.

Le paradoxe apparaît clairement : au nom de la refondation nationale, l’expression citoyenne tend à se réduire, fragilisant ainsi la légitimité populaire revendiquée.

La question électorale, angle mort des transitions

Les régimes militaires se sont engagés, à des degrés variables, à organiser des transitions vers un ordre constitutionnel. Cependant, les calendriers électoraux ont été reportés, révisés ou rendus incertains.

Cette situation nourrit la méfiance d’une partie de la population ainsi que celle de partenaires internationaux.

La contradiction est notable : des pouvoirs présentés comme transitoires, mais dont la durée et l’issue restent indéterminées.

Des économies sous pression

Sur le plan économique, les pays de l’AES font face à une accumulation de contraintes. Certaines périodes ont été marquées par des sanctions, des perturbations dans les circuits économiques et une baisse de la confiance des investisseurs.

Ces difficultés se traduisent par une hausse du coût de la vie, des tensions sur certains produits de base et un ralentissement de l’activité économique.

Il en résulte une incohérence structurelle entre la promesse de souveraineté économique et une réalité marquée par des fragilités accrues.

Crises humanitaires et déplacements de populations

L’insécurité persistante et les difficultés économiques contribuent à des mouvements de populations importants. On observe des déplacements internes massifs ainsi que des flux vers les pays voisins.

Ces dynamiques traduisent une dégradation de la sécurité humaine au sens large.

Le paradoxe est frappant : des régimes censés stabiliser leurs États évoluent dans des contextes qui poussent une partie de leurs populations à l’exode.

Une diplomatie de tension régionale

Les autorités de l’AES ont régulièrement dénoncé des tentatives de déstabilisation imputées à certains pays voisins ou partenaires internationaux. Cette posture s’inscrit dans une logique d’affirmation de souveraineté.

Toutefois, elle s’accompagne d’un climat de défiance régionale qui complique la coopération sécuritaire, les échanges économiques et la gestion concertée des crises.

Une ambiguïté apparaît ici entre la volonté d’indépendance stratégique et le risque d’isolement régional accru.

Une légitimité en recomposition

Malgré ces tensions, les régimes militaires conservent des soutiens, notamment auprès de populations désillusionnées par les anciens systèmes politiques. Le discours souverainiste et la critique des ingérences extérieures rencontrent un écho réel.

Cependant, cette légitimité demeure fragile et évolutive. Elle dépend des résultats concrets en matière de sécurité, des conditions de vie des populations et de la capacité à proposer une trajectoire politique crédible.

Une nouvelle coalition citoyenne transnationale

C’est dans ce contexte qu’a été lancée l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une coalition regroupant des acteurs de la société civile, des responsables politiques et diverses forces vives issues du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Lancée depuis l’étranger, l’ADS revendique une trentaine de membres et entend se positionner face à la dynamique portée par l’AES. Elle affirme défendre un retour à l’ordre constitutionnel et dénonce ce qu’elle qualifie de « militarisation de l’État ».

Une approche régionale assumée

Contrairement à d’autres initiatives plus nationales, comme la Coalition des forces pour la République (CFR), portée au Mali par l’imam Mahmoud Dicko, l’ADS revendique une dimension régionale.

Selon ses responsables, l’objectif est de dépasser les cadres nationaux afin de coordonner les actions à l’échelle du Sahel. « Nous voulons une synergie d’action entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger », explique Malick Konaté, secrétaire général du mouvement.

Une tentative de structuration de la contestation

Dans un espace politique marqué par la polarisation et les tensions sécuritaires, l’ADS ambitionne de structurer une réponse collective de la société civile face aux régimes militaires. Une initiative encore embryonnaire, mais qui illustre une recomposition progressive des forces politiques et citoyennes dans la région sahélienne.

Entre rupture revendiquée et réalités contrastées

Les régimes de l’AES se présentent comme des acteurs de rupture. Néanmoins, l’analyse met en évidence plusieurs tensions internes : entre sécurité promise et insécurité persistante, entre souveraineté affichée et fragilités économiques, entre transition annoncée et incertitude politique.

Au-delà des discours, leur crédibilité reposera sur leur capacité à produire des résultats tangibles en matière de stabilité, de gouvernance et d’amélioration des conditions de vie des populations.

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