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Burkina Faso | Interdiction d’exporter le bétail

Crédits, dettes et saisies : les éleveurs burkinabè pris au piège dénoncent une catastrophe économique

Burkina Faso | Interdiction d’exporter le bétail
‘‘Ouagadougou ferme les frontières du bétail et frappe les exportateurs’’

Par Dahn Habib Sénamblé

Ouagadougou, 14 mai 2026 – À peine une semaine après l’entrée en vigueur de l’interdiction d’exportation du bétail décidée par les autorités burkinabè, plusieurs camions transportant des animaux vers des pays voisins ont été saisis par la brigade de contrôle et de répression de la fraude. Une mesure qui provoque l’inquiétude des éleveurs et commerçants, notamment tournés vers le marché ivoirien.

Une mesure justifiée par la protection du marché local

Le gouvernement burkinabè affirme vouloir prévenir une pénurie de viande et stabiliser l’approvisionnement intérieur. L’interdiction, officialisée le 8 mai 2026 par trois ministères, intervient dans un contexte de forte hausse des exportations de bovins vivants. Selon les données officielles, celles-ci sont passées de 426 tonnes en 2020 à plus de 5 200 tonnes en 2024.

Pour les autorités, il s’agit donc d’un choix économique et social visant à protéger les consommateurs locaux face à la flambée des prix et à la pression sur le cheptel national.

La Côte d’Ivoire en première ligne

Mais derrière l’argument économique, certains observateurs y voient aussi une décision aux implications politiques et régionales. La Côte d’Ivoire, principal débouché du bétail burkinabè, apparaît comme la première affectée par cette restriction.

Depuis plusieurs années, les relations entre Ouagadougou et Abidjan traversent des périodes de tension diplomatique, dans un contexte marqué par les recompositions géopolitiques au Sahel et les divergences sécuritaires entre les deux pays.

Pour plusieurs commerçants interrogés à Ouagadougou, les cargaisons saisies étaient principalement destinées au marché ivoirien, où les prix sont jugés plus attractifs.

Des éleveurs étranglés financièrement

Sur le terrain, les conséquences économiques inquiètent fortement la filière. De nombreux éleveurs et exportateurs expliquent avoir contracté des prêts bancaires en comptant sur les revenus générés par les ventes à l’étranger.

« Le marché local ne permet pas les mêmes marges », confie un commerçant de bétail. Selon lui, les acheteurs se font rares au Burkina Faso, alors que la demande reste soutenue dans les pays côtiers.

La fermeture brutale des frontières commerciales pourrait ainsi fragiliser une chaîne économique déjà affectée par l’insécurité et les difficultés de transport. Les circuits d’acheminement du bétail sont devenus plus complexes ces dernières années, les convoyeurs étant contraints d’éviter certaines zones sous menace de groupes armés.

Entre souveraineté économique et isolement commercial

Le capitaine Ibrahim Traoré poursuit depuis plusieurs mois une politique axée sur la souveraineté économique et la réduction de la dépendance extérieure. Cette nouvelle mesure s’inscrit dans cette logique de contrôle des ressources nationales.

Reste à savoir si cette stratégie permettra réellement de protéger les consommateurs burkinabè sans pénaliser durablement les producteurs locaux. Car pour les acteurs du secteur, le risque est désormais celui d’un ralentissement du commerce régional et d’un affaiblissement d’une filière essentielle à l’économie sahélienne.

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