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Côte d’Ivoire | Religions et paix sociale

Leaders religieux ivoiriens et marocains plaident pour la spiritualité comme rempart contre les tensions sociales

Côte d’Ivoire | Religions et paix sociale
‘‘Le symposium a été le lieu de faire plusieurs propositions allant dans le sens de la bonne cohabition religieuse’’

Par Sofiane Lorofol Amine

Adzopé, le 7 mai 2026 – En Côte d’Ivoire, responsables musulmans et chrétiens ont appelé à renforcer le dialogue interreligieux et la spiritualité comme leviers de paix sociale, lors d’un symposium organisé jeudi, à Adzopé, au sud-est du pays. Cette rencontre s’est tenue en prélude à l’inauguration de la grande mosquée de la ville prévue se tenir ce vendredi 8 mai 2026.

Le symposium, placé sous le thème « La spiritualité au service de la paix sociale dans les sociétés africaines », était organisé conjointement par la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains du Royaume du Maroc et le Conseil supérieur des Imams et des Mosquées de Côte d’Ivoire (COSIM) au foyer des jeunes de la ville.

Religieux, universitaires, représentants catholiques et musulmans ainsi que plusieurs autorités locales ont pris part aux échanges, largement centrés sur le rôle des religions dans la prévention des conflits et la consolidation du vivre-ensemble.

La spiritualité comme facteur de cohésion sociale

Prenant la parole à l’ouverture des travaux, le secrétaire général de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains, Sidi Mohamed Rifki, a insisté sur le rôle structurant des traditions spirituelles africaines dans la stabilité des sociétés.

Selon lui, les mutations sociales et politiques que connaissent plusieurs pays africains rendent nécessaire une approche dépassant les seules réponses sécuritaires ou institutionnelles.

« La question de la paix sociale ne saurait être réduite à une approche strictement sécuritaire. Elle requiert une prise en compte des dimensions culturelles et spirituelles qui structurent profondément les sociétés africaines », a-t-il déclaré.

Le responsable marocain a notamment mis en avant le rôle historique des confréries soufies dans la médiation sociale, l’éducation religieuse et la prévention des tensions communautaires.

Il a également présenté le modèle marocain, fondé selon lui sur « un islam du juste milieu » et sur l’institution de la Commanderie des croyants, comme une expérience, favorisant l’équilibre entre spiritualité et stabilité sociale.

« La Côte d’Ivoire doit rester un laboratoire de paix »

Au cours d’un panel réunissant l’imam Cissé Djiguiba de la mosquée Salam d’Abidjan-Plateau, le professeur marocain Adjouane Mohamed et l’évêque d’Abidjan-Yopougon Benoît César, les intervenants ont insisté sur la nécessité de préserver la tradition ivoirienne de coexistence religieuse.

Tous ont plaidé pour une collaboration renforcée entre communautés religieuses afin de préserver la cohésion sociale dans un contexte régional marqué par les tensions identitaires et sécuritaires.

« La Côte d’Ivoire est et doit rester un laboratoire de paix, de vivre-ensemble et de cohésion », ont-ils affirmé, reprenant une formule régulièrement utilisée dans le discours politique ivoirien.

Les intervenants ont également salué les efforts des autorités ivoiriennes en faveur de la préservation d’un climat social apaisé.

Le souvenir des crises ivoiriennes

Le président du COSIM, le Cheick Aïma Ousmane Diakité, est revenu sur le rôle joué par les responsables religieux durant les différentes crises traversées par la Côte d’Ivoire.

« Pendant les crises, des tentatives ont été faites pour transformer le conflit politique en conflit religieux. Mais les leaders religieux se sont toujours retrouvés pour dire non », a-t-il déclaré.

Selon lui, les responsables musulmans et chrétiens avaient alors multiplié les appels conjoints à la paix afin d’éviter une fracture confessionnelle dans le pays.

Le Cheick Diakité a également insisté sur la nécessité de travailler non seulement au dialogue interreligieux, mais aussi à la cohésion à l’intérieur même des différentes confessions.

« L’aspect intra-religieux doit s’ajouter à l’aspect interreligieux », a-t-il souligné.

Des propositions pour prévenir les tensions religieuses

Au terme des échanges, plusieurs pistes ont été avancées pour renforcer durablement la paix sociale.

Le secrétaire général de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains a notamment proposé la création d’un comité d’éthique et de valeurs religieuses chargé de prévenir les tensions confessionnelles et de favoriser le dialogue.

Parmi les autres propositions figurent également la création d’émissions de sensibilisation au vivre-ensemble, l’implication accrue des médias dans la promotion de la cohésion nationale, la mise en place de points focaux de veille dans les villes et villages ainsi qu’une journée nationale dédiée au dialogue interreligieux.

Pour les organisateurs, ces initiatives doivent permettre de consolider les mécanismes de prévention des conflits dans un contexte africain confronté à la montée des radicalismes et aux fractures communautaires.

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