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Côte d’Ivoire | Portait

Du tribunal de Bouaké au Conseil d’État : l’ascension méthodique de Coulibaly-Kuibiert

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‘‘Le discret magistrat devenu figure centrale des institutions ivoiriennes, un technicien du droit au cœur du pouvoir’’

Par Dahn Habib Sénamblé

En Côte d’Ivoire, il fait partie de ces hauts commis de l’État dont le parcours épouse les grandes séquences institutionnelles du pays depuis plus de deux décennies. Quelques heures après la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), qu’il dirigeait depuis 2019, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert a été nommé président du Conseil d’État par le chef de l’État, Alassane Ouattara.

Cette nomination, annoncée jeudi 7 mai 2026 dans un communiqué de la présidence de la République, intervient dans un contexte politique sensible marqué par une recomposition du paysage institutionnel ivoirien. Mais au-delà des débats autour de la disparition de la CEI, elle remet surtout sous les projecteurs un magistrat réputé méthodique, discret et rompu aux équilibres complexes de l’État ivoirien.

Un juriste formé dans les grandes institutions ivoiriennes

Ibrahime Coulibaly-Kuibiert appartient à cette génération de magistrats formés dans les années 1990, à une période où la Côte d’Ivoire entre progressivement dans le multipartisme et les mutations institutionnelles.

Titulaire d’une maîtrise judiciaire obtenue à l’Université de Cocody en 1994, il poursuit sa formation à l’École nationale d’administration, promotion 1996, avant de se spécialiser en droit pénal. Très tôt, il développe une expertise dans des domaines techniques du droit, notamment l’état civil et les technologies électorales.

Ses proches collaborateurs le décrivent comme un homme de dossiers, attaché à la rigueur procédurale et au fonctionnement des institutions. Une réputation qui va progressivement lui ouvrir les portes des plus hautes sphères administratives et judiciaires du pays.

Une carrière bâtie dans les rouages de l’État

Sa trajectoire professionnelle traverse plusieurs institutions clés de la République.

D’abord substitut du procureur à Bouaké entre 1996 et 2000, il se fait remarquer pour sa maîtrise des questions judiciaires et administratives. Il enseigne ensuite le droit pénal et le droit civil à l’Université de Bouaké, tout en poursuivant ses fonctions judiciaires.

À Abidjan, au tribunal du Plateau, il devient l’un des premiers magistrats ivoiriens à travailler sur les infractions liées aux nouvelles technologies de l’information, un domaine encore peu structuré au début des années 2000.

Mais c’est surtout à partir de 2006 que son ascension institutionnelle s’accélère. Chef de cabinet au ministère de la Justice pendant cinq ans, il participe aux grandes réformes administratives de l’après-crise et supervise notamment les audiences foraines, un dispositif sensible lié à l’identification des populations.

Il rejoint ensuite la CEI comme commissaire central avant de devenir chef de cabinet du président de la Cour suprême puis secrétaire général du Conseil constitutionnel entre 2015 et 2019.

À la tête de la CEI dans une période de fortes tensions

Le 30 septembre 2019, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert est élu président de la Commission électorale indépendante. Il succède alors à Youssouf Bakayoko dans un climat politique déjà tendu.

Durant ses années à la tête de la CEI, il doit gérer plusieurs échéances électorales majeures dans un contexte de méfiance persistante entre pouvoir et opposition.

Son style tranche avec celui de certains de ses prédécesseurs. Peu porté sur les démonstrations publiques, souvent mesuré dans ses interventions, il privilégie les réponses juridiques et techniques aux attaques politiques.

Mais cette posture n’empêche pas les critiques. Une partie de l’opposition lui reproche régulièrement une institution jugée trop proche du pouvoir. Les débats autour du fichier électoral, du parrainage citoyen ou encore de la proclamation des résultats alimentent les tensions.

Malgré cela, plusieurs observateurs lui reconnaissent une capacité à maintenir le fonctionnement administratif de la CEI dans un environnement politique particulièrement polarisé.

Un profil institutionnel recherché par le pouvoir

Sa nomination à la tête du Conseil d’État apparaît aujourd’hui comme la continuité logique d’un parcours marqué par la maîtrise des institutions et des questions constitutionnelles.

Dans les cercles politiques ivoiriens, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert est souvent présenté comme un homme de consensus administratif, davantage technicien que politique. Sa connaissance fine des mécanismes électoraux, du droit public et des équilibres institutionnels constitue l’un de ses principaux atouts.

Le Conseil d’État, juridiction suprême de l’ordre administratif ivoirien, joue un rôle central dans le contrôle des actes de l’administration publique et dans l’interprétation du droit administratif. Un poste stratégique pour lequel le pouvoir semble avoir privilégié un profil expérimenté et rompu aux crises institutionnelles.

À la faveur de cette nomination, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert ouvre ainsi un nouveau chapitre de sa carrière, au moment même où la Côte d’Ivoire s’interroge sur l’avenir de son système électoral et sur la forme que prendra le futur organe chargé des élections.

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