‘‘Un limogeage révélateur de la persistance des tensions entre le Président et son Premier ministre’’
Par Dahn Habib Sénamblé avec Rfi
Dakar, le 5 mai 2026 – Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de son porte-parole, Ousseynou Ly, et nommé à sa place l’avocat Abdoulaye Tine, selon une décision officielle qui intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la présidence et le camp du Premier ministre Ousmane Sonko.
Ousseynou Ly, figure de la première heure du parti au pouvoir Pastef, est remplacé par Abdoulaye Tine, également proche de la coalition présidentielle « Diomaye président », mais extérieur à la formation dirigée par Ousmane Sonko.
Cette décision a suscité de nombreuses réactions dans les rangs du Pastef et sur les réseaux sociaux, où plusieurs militants y voient un signe de distanciation progressive entre le chef de l’État et son ancienne formation politique.
Pour l’activiste et analyste Alioune Tine, ce limogeage marque « le premier acte du divorce institutionnel » entre les deux têtes de l’exécutif, alors que les divergences politiques entre le président et son Premier ministre apparaissent de plus en plus publiques.
Des tensions politiques de plus en plus visibles
La décision intervient deux jours après une longue interview du chef de l’État avec la presse nationale, au cours de laquelle il a rappelé disposer de la prérogative de mettre fin aux fonctions de son Premier ministre en cas de perte de confiance, tout en reconnaissant des désaccords politiques avec le Pastef.
Dans la foulée, le Premier ministre Ousmane Sonko a, lors d’une intervention devant des jeunes militants de son parti, insisté sur la discipline interne et mis en garde contre les ambitions personnelles, dans un discours perçu par certains observateurs comme une réponse indirecte aux déclarations présidentielles.
« Un parti de réflexion, de production d’opinion », a-t-il affirmé, appelant la jeunesse à éviter la « course aux postes ».
Une cohabitation sous tension
Ces échanges publics, de part et d’autre de l’exécutif, alimentent les commentaires d’une partie de la classe politique et des analystes, qui évoquent une cohabitation de plus en plus tendue entre la présidence et la primature.
Pour plusieurs observateurs, la succession rapide de prises de parole et de décisions politiques traduit une recomposition progressive des équilibres au sommet de l’État, dans un contexte où les deux dirigeants revendiquent chacun une part déterminante dans la trajectoire du pouvoir.
Aucune réaction officielle supplémentaire n’a pour l’heure été publiée par la présidence ou par le gouvernement à propos de ce remaniement au sein du cabinet présidentiel.