‘‘La filière cacao cherche à tourner la page des tensions avant la Journée nationale de Duékoué’’
Par Sofiane Lorofolo Amine
Abidjan, 21 juillet 2026 – Après plusieurs mois de turbulences liées à la chute du prix bord champ du cacao et aux difficultés d’écoulement des récoltes, les acteurs de la filière affichent un optimisme prudent.
À quelques jours de la Journée nationale des acteurs du Café-Cacao, prévue à Duékoué, l’Organisation interprofessionnelle agricole Café-Cacao (OIA Café-Cacao) assure que les principaux blocages sont en voie de résolution, tout en reconnaissant que des défis subsistent pour certains producteurs et coopératives.
Une filière en quête de stabilité
Plus de trois mois après l'ouverture de la campagne intermédiaire, marquée par une baisse du prix garanti du cacao de 2 800 à 1 200 francs CFA le kilogramme, la filière ivoirienne tente de retrouver son équilibre.
Face aux inquiétudes exprimées ces derniers mois par plusieurs organisations de producteurs, l'Organisation interprofessionnelle agricole Café-Cacao (OIA Café-Cacao) a voulu rassurer. Lors d'une conférence de presse organisée dimanche à Abidjan, son porte-parole, Aubin Blondé Doua, a estimé que la situation s'améliore progressivement grâce aux mesures mises en œuvre avec les autorités de régulation.
Selon lui, l'attribution de 23 000 tonnes de cacao à l'organisation a permis d'accélérer l'écoulement d'une partie des stocks encore disponibles à l'issue de la grande campagne.
Les connaissements au cœur des difficultés
L'OIA Café-Cacao attribue également une partie des tensions à des dysfonctionnements liés aux connaissements, les documents indispensables à l'exportation des fèves.
Selon l'organisation, plus de 150 connaissements seraient concernés par des livraisons non conformes aux engagements initiaux.
En cause, des différences de qualité entre les fèves commercialisées et celles prévues dans les contrats. Les fèves issues de la grande campagne présentent généralement un meilleur calibre que celles de la campagne intermédiaire, ce qui justifie, selon l'organisation, un niveau de rémunération différent.
Pour l'OIA, les producteurs ayant effectivement livré des fèves correspondant aux critères de la grande campagne ont bien été rémunérés au prix garanti de 2 800 francs CFA le kilogramme.
Des coopératives toujours confrontées aux invendus
Sur le terrain, plusieurs responsables de coopératives dressent toutefois un tableau plus nuancé.
Certaines structures affirment détenir encore d'importants stocks issus de la grande campagne, qu'elles n'ont pu écouler qu'au prix de la campagne intermédiaire, fixé à 1 200 francs CFA.
Face au risque de conserver des fèves invendues, plusieurs producteurs expliquent avoir préféré vendre à perte plutôt que de supporter davantage de charges de stockage.
L'OIA Café-Cacao reconnaît l'existence de ces situations, mais les considère comme des cas ponctuels qui continuent de faire l'objet de discussions avec le Conseil du Café-Cacao, l'organe régulateur de la filière.
Abidjan et Accra misent sur une stratégie commune
Au-delà de la gestion immédiate des difficultés, les autorités ivoiriennes et ghanéennes veulent désormais renforcer leur coopération.
Le 16 juin dernier, les présidents Alassane Ouattara et John Dramani Mahama ont annoncé deux mesures majeures destinées à mieux protéger les revenus des producteurs des deux premiers pays producteurs de cacao au monde.
La première prévoit une harmonisation des prix d'achat entre la Côte d'Ivoire et le Ghana, grâce à une concertation permanente entre le Conseil du Café-Cacao et le Ghana Cocoa Board (COCOBOD).
La seconde porte sur l'alignement du calendrier de commercialisation, avec un démarrage simultané des campagnes fixé au 1er septembre dans les deux pays.
Cette coordination vise à renforcer le pouvoir de négociation des deux États, qui représentent ensemble près de 60 % de la production mondiale de cacao, face à des marchés internationaux marqués par une forte volatilité.
Duékoué, rendez-vous attendu des acteurs de la filière
C'est dans ce contexte que se tiendra, en fin de semaine à Duékoué, la Journée nationale des acteurs de la filière Café-Cacao.
Cette rencontre devrait réunir producteurs, coopératives, exportateurs, transformateurs et autorités publiques autour des principaux défis du secteur : amélioration des revenus des planteurs, organisation du marché, qualité des fèves, financement de la production et adaptation aux fluctuations des cours internationaux.
Alors que la Côte d'Ivoire demeure le premier producteur mondial de cacao, les acteurs espèrent que ce rendez-vous contribuera à restaurer la confiance dans une filière stratégique, dont dépendent directement les revenus de plusieurs millions de personnes et une part essentielle de l'économie nationale.