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Afrique

Niger | Après les attaques terroristes

Abdourahamane Tiani, entre discours souverainiste et zones d’ombre

Niger | Après les attaques terroristes
‘‘Tiani accuse la France et revendique la souveraineté, un discours offensif aux zones d’ombre’’

Par Dahn Habib Sénamblé avec Rfi

Niamey, le 14 février 2026 – Le chef du régime militaire nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a multiplié les accusations contre la France lors d’un message à la nation de plus de trois heures, diffusé par la Radiotélévision d’État (RTN), dénonçant une ingérence persistante dans les affaires sécuritaires et économiques du pays.

Assis face caméra, ton ferme, le dirigeant issu du coup d’État de 2023 a imputé à Paris la responsabilité indirecte de l’attaque récente contre l’aéroport de Niamey, pourtant revendiquée par le groupe État islamique au Grand Sahara (EIGS). Selon lui, il s’agirait d’un « conglomérat de mercenaires financés par les Français ».

Aucun élément n’a toutefois été rendu public pour étayer ces accusations, alors que les groupes jihadistes actifs dans la région revendiquent régulièrement des attaques similaires. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions persistantes entre Niamey et Paris depuis la rupture des accords militaires et le départ des forces françaises.

Sécurité : une ligne dure, peu de précisions

Le général Tiani a assuré que le Niger « prend son destin en main » sur le plan sécuritaire. Mais il n’a pas détaillé les dispositifs opérationnels mis en place pour contrer les groupes armés, alors que les attaques se poursuivent dans plusieurs régions du pays.

Le régime justifie son arrivée au pouvoir par la nécessité de restaurer la sécurité, une promesse scrutée de près par une population confrontée à une insécurité chronique depuis plusieurs années.

Ressources naturelles : souveraineté revendiquée, dépendances admises

Sur le plan économique, le chef de la junte a reconnu que le Niger n’était « pas à 100 % maître de ses ressources naturelles », évoquant un processus de « réappropriation » en cours, sans en préciser le calendrier ni les modalités.

Cette déclaration contraste avec la rhétorique souverainiste affichée par le pouvoir, qui affirme vouloir rompre avec les schémas de dépendance hérités du passé. Le Niger, riche en uranium et producteur de pétrole, cherche à renégocier certains partenariats stratégiques.

Vie chère et attentes sociales

Interrogé sur la hausse du coût de la vie, Abdourahamane Tiani a estimé que les revenus issus du pétrole ne bénéficiaient pas encore suffisamment aux Nigériens. Il a appelé à la patience, soulignant que la transformation économique serait « progressive ».

Depuis le coup d’État, les autorités de transition font face à une situation économique tendue, marquée par des sanctions régionales initiales, levées depuis, et une recomposition des alliances diplomatiques, notamment avec le Mali et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel.

Une rhétorique de rupture assumée

Les critiques répétées contre « la France et ses laquais ouest-africains » s’inscrivent dans une stratégie politique de rupture avec l’ancien partenaire colonial et avec certaines organisations régionales.

Si ce discours trouve un écho dans une partie de l’opinion publique, il intervient dans un contexte où les défis sécuritaires et économiques demeurent importants. Les autorités nigériennes n’ont pas précisé de calendrier pour un retour à l’ordre constitutionnel.

Le message du général Tiani confirme ainsi la ligne dure adoptée par Niamey sur la scène diplomatique, tout en laissant ouvertes des interrogations sur la mise en œuvre concrète des ambitions affichées.

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