Par Dahn Habib Sénamblé avec RFI
Les États-Unis continuent de coopérer, discrètement mais activement, avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — le Burkina Faso, le Mali et le Niger — dirigés par des régimes militaires issus de coups d’État. C’est ce qu’a affirmé John Brennan, haut responsable du commandement américain pour l’Afrique (Africom), dans une interview accordée à l’AFP.
Une coopération sécuritaire toujours en cours
Malgré la suspension officielle de certaines formes de coopération après les putschs survenus entre 2020 et 2023, Africom n’a jamais totalement rompu les liens avec ses partenaires sahéliens. « Nous parlons toujours à nos partenaires militaires dans ces pays, même si ce n’est pas officiel », a reconnu John Brennan.
Selon lui, cette coopération vise principalement la lutte contre les groupes jihadistes, en particulier ceux affiliés à l’État islamique.
« Beaucoup plus agressifs » face à la menace jihadiste
Le responsable américain assume un changement de posture. « Nous sommes devenus beaucoup plus agressifs et nous travaillons avec des partenaires pour cibler de manière cinétique les menaces, principalement l’État islamique », a-t-il déclaré.
John Brennan affirme même que les États-Unis ont partagé des renseignements avec certains pays de l’AES afin de permettre des frappes ciblées contre des responsables jihadistes clés. L’objectif, selon lui, est de renforcer les capacités opérationnelles locales, en fournissant informations, équipements et moyens, avec moins de restrictions qu’auparavant.
Pas de nouvelle base militaire américaine
Ces déclarations interviennent alors que la présence militaire américaine en Afrique de l’Ouest a été fortement réduite, notamment avec la fin des opérations à Agadez, au Niger. John Brennan a tenu à dissiper toute ambiguïté : Washington ne cherche pas à établir de nouvelle base dans la région.
« Nous ne cherchons pas à créer une base de drones n’importe où », a-t-il insisté, mettant en avant une stratégie davantage axée sur le partenariat et le renseignement que sur une implantation militaire directe.
Une menace régionale persistante
Le responsable d’Africom a également évoqué les frappes conjointes menées avec le Nigeria en décembre dernier, qui ont visé des combattants liés à l’État islamique au Sahel (ISSP).
Ces déclarations interviennent dans un contexte sécuritaire préoccupant. Plusieurs analystes s’inquiètent de la progression des groupes affiliés à l’État islamique vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, faisant du Sahel un enjeu stratégique majeur pour Washington, malgré les tensions diplomatiques liées aux régimes militaires au pouvoir.