‘‘La CAP-CI perd non seulement une figure emblématique, mais aussi une partie de sa crédibilité politique’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, le 12 janvier 2026 — La Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI) traverse une nouvelle zone de turbulence. Après le retrait du COJEP de Charles Blé Goudé, c’est désormais le Mouvement des générations capables (MGC) de Simone Ehivet Gbagbo qui annonce son départ, accentuant les divisions au sein de l’opposition ivoirienne.
Une coalition qui se délite
Lancée en mars 2025, la CAP-CI se voulait une large plateforme de l’opposition, réunissant une vingtaine de partis politiques, à l’exception notable du PPA-CI de l’ex-président Laurent Gbagbo. Son ambition : porter une voix commune en faveur de réformes électorales majeures et obtenir l’ouverture d’un dialogue politique avec le pouvoir.
Mais moins d’un an après sa création, la coalition montre de sérieux signes d’essoufflement. Le départ successif de deux poids lourds – le COJEP puis le MGC – fragilise sa cohésion et interroge sa capacité à incarner une alternative crédible.
La lettre de rupture de Simone Ehivet
C’est par un courrier en date du 6 janvier, adressé à Tidjane Thiam, président du PDCI et coordonnateur de la Conférence des présidents de la CAP-CI, que Simone Ehivet Gbagbo a officialisé le retrait de son parti.
Dans cette correspondance, la présidente du MGC évoque des « choix stratégiques fortement discutables », qu’elle juge incompatibles avec les valeurs et la ligne politique de son mouvement. Une décision d’autant plus significative que Simone Ehivet occupait jusque-là le poste de porte-parole de la coalition.
Des revendications restées lettre morte
La CAP-CI s’était donnée pour priorité l’obtention de réformes électorales profondes et la mise en place d’un dialogue politique inclusif avec le gouvernement. Des revendications qui, à ce jour, n’ont pas trouvé d’écho favorable auprès des autorités.
Pour le MGC, l’échec est aussi électoral. Lors des dernières élections législatives, le parti n’a obtenu aucun siège. Simone Ehivet dénonce à ce propos « un système électoral opaque, déséquilibré et non consensuel », estimant que les règles du jeu ne permettent pas une compétition équitable.
Des divergences stratégiques profondes
Pour certains observateurs, ce retrait n’est pas une surprise. « Les divergences se sont corsées avec la candidature de Simone Ehivet à la présidentielle, alors que de grandes figures étaient mises de côté », analyse Daniel Bony Claverie, vice-président de la CAP-CI et président de l’Union républicaine pour la démocratie.
Selon lui, l’opposition ivoirienne est aujourd’hui « émiettée », une situation dont le parti au pouvoir tirerait un avantage politique certain. Le PDCI, pilier de la coalition, a pour sa part, choisi de ne pas commenter officiellement le départ du MGC.
Une CAP-CI affaiblie après les victoires du RHDP
Pour le Dr César Flan Moquet, directeur du Centre de recherche politique d’Abidjan (CRPA), ces départs successifs traduisent un affaiblissement structurel de la CAP-CI. Il y voit la conséquence directe des victoires électorales du RHDP en 2025, mais aussi de désaccords internes profonds sur la stratégie à adopter, notamment autour de l’appel controversé à manifester contre un éventuel quatrième mandat présidentiel.
Une opposition à la croisée des chemins
Avec le retrait du MGC, la CAP-CI perd non seulement une figure emblématique, mais aussi une partie de sa crédibilité politique. Cette nouvelle fracture pose une question centrale : l’opposition ivoirienne peut-elle encore dépasser ses rivalités internes pour construire une dynamique unitaire face au pouvoir en place ?
À l’évidence, la recomposition de l’opposition est en cours. Reste à savoir si elle débouchera sur une clarification stratégique… ou sur une fragmentation durable.