‘‘Pneus incendiés, jets de pommes de terre et de divers projectiles : les manifestants ont exprimé leur opposition de manière spectaculaire’’
Par Dahn Habib Sénamblé avec Rfi
Bruxelles (Belgique), le 18 décembre 2025 – La colère du monde agricole européen s’est exprimée avec force, ce jeudi, dans les rues de la capitale belge. Près de 7 300 agriculteurs, venus de plusieurs pays de l’Union européenne, ont manifesté contre le projet d’accord commercial entre l’UE et le Mercosur, au moment même où les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept se réunissaient en sommet.
La mobilisation, autorisée par les autorités, a dégénéré en violents heurts aux abords du Parlement européen, contraignant les forces de l’ordre à intervenir pour disperser les manifestants.
Jets de projectiles et réponse policière
Pneus incendiés, jets de pommes de terre et de divers projectiles : les manifestants ont exprimé leur opposition de manière spectaculaire. La police a répliqué par des canons à eau et des gaz lacrymogènes, dans un climat de forte tension, notamment place du Luxembourg, face au Parlement européen.
Selon le quotidien Le Soir, le cortège parti de la gare du Nord n’a pas atteint son point de rassemblement final, la manifestation ayant été stoppée au niveau de la petite ceinture bruxelloise. Un homme a été grièvement blessé en marge des affrontements.
Un important dispositif de sécurité en plein sommet européen
La police bruxelloise avait déployé un dispositif conséquent pour sécuriser le quartier européen, alors que le sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UE s’ouvrait dans la capitale belge.
D’après les chiffres officiels, 7 300 personnes ont pris part à la manifestation autorisée, accompagnées d’une cinquantaine de tracteurs, dans l’ensemble relativement calme. En parallèle, près de 950 tracteurs étaient stationnés dans le quartier européen, paralysant plusieurs axes de circulation.
Des personnes masquées ont également brisé des vitres d’un bâtiment du Parlement européen, accentuant la crispation autour du rassemblement.
Mercosur, PAC et engrais : un mécontentement multiforme
Au cœur de la contestation, le projet d’accord UE-Mercosur, en négociation depuis près de 25 ans, qui prévoit la création de la plus vaste zone de libre-échange au monde. Les agriculteurs dénoncent une concurrence jugée déloyale, estimant que les pays sud-américains ne respectent pas les normes environnementales et sociales imposées aux producteurs européens.
À ces inquiétudes s’ajoutent celles liées aux taxes sur les engrais et à la réforme de la Politique agricole commune (PAC), que certains accusent la Commission européenne de vouloir « diluer » dans le budget global de l’Union.
Emmanuel Macron appelle à la prudence
Alors que la Commission européenne et le Brésil, qui assure la présidence du Mercosur, souhaitent conclure l’accord avant la fin de la semaine, plusieurs États membres demandent un report, dont la France, la Pologne et l’Italie, rejoints récemment par Rome. À l’inverse, l’Espagne et l’Allemagne soutiennent activement le texte.
« Nous ne sommes pas prêts, le compte n’y est pas pour signer cet accord », a déclaré le président français Emmanuel Macron, jeudi à Bruxelles.
L’accord permettrait à l’Union européenne d’exporter davantage de véhicules, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine, tout en facilitant l’entrée sur le marché européen de produits sud-américains tels que la viande bovine, le sucre, le riz, le miel ou le soja.
Lula prêt à relayer une demande de report
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a indiqué qu’il se ferait le relais, lors du sommet du Mercosur prévu samedi, d’une demande de la Première ministre italienne Giorgia Meloni visant à repousser la signature de l’accord.
En France, certaines filières agricoles voient également leur mécontentement amplifié par la gestion gouvernementale de l’épizootie de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), ajoutant une dimension sanitaire à une contestation déjà profondément politique et économique.