‘‘Un projet de loi calibré pour "réévaluer" les condamnations de Jair Bolsonaro du 8 janvier’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Brasilia, 9 décembre 2025 — À Brasilia, l’atmosphère s’annonce électrique. Ce mardi soir, à partir de 18h (21h TU), les députés brésiliens seront appelés à se prononcer sur un projet de loi explosif, porteur d’un potentiel séisme politique : la possible réduction massive de la peine de prison de l’ancien président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans et trois mois de réclusion pour tentative de coup d’État.
L’annonce est tombée tôt dans la journée, dans une vidéo adressée à l’AFP par le rapporteur du texte, Paulinho da Força. Calme mais conscient de la portée de ses mots, l’élu y confirme que le vote vise à « adapter » les peines prononcées après les événements du 8 janvier 2023 : « Si le projet est approuvé, Bolsonaro verra sa peine ramenée à environ deux ans et quatre mois », affirme-t-il.
Cette réduction spectaculaire constitue un tournant inattendu dans une affaire qui empoisonne la vie politique brésilienne depuis plus de deux ans.
Un projet de loi calibré pour "réévaluer" les condamnations du 8 janvier
Le texte débattu à la Chambre des députés n’a pas encore été examiné par le Sénat, mais son contenu est désormais clair : il requalifie certains délits liés à l’assaut contre les institutions brésiliennes — le Congrès, la Cour suprême et le palais présidentiel — orchestré par des milliers de bolsonaristes contestant la victoire de Luiz Inácio Lula da Silva.
Au cœur du projet : une révision des qualifications pénales, une réduction des peines jugées disproportionnées, et un dispositif de liberté conditionnelle concernant une centaine de partisans de Bolsonaro.
Les bénéficiaires seraient principalement des militants ayant participé aux violences du 8 janvier, mais dont les condamnations ont été plus légères que celle de l'ancien président. Pour beaucoup d’entre eux, ce texte représente leur dernier espoir de revoir la liberté avant 2027.
Une bataille politique sous haute tension
Ce vote s’inscrit dans un climat politique très fracturé. Pour les alliés de Bolsonaro, la loi représente une réparation. Pour ses opposants, c’est l’exemple même d’une tentative de réhabilitation politique déguisée.
La base bolsonariste, toujours très active, multiplie les pressions sur les parlementaires de droite. Sur les réseaux sociaux, les slogans « Justiça para Bolsonaro » et « Revisão Já » dominent depuis plusieurs jours.
Du côté du gouvernement Lula, la prudence reste de mise : officiellement, le pouvoir exécutif affirme respecter l’autonomie du Parlement. Officieusement, plusieurs cadres du Parti des Travailleurs dénoncent une « opération de blanchiment historique ».
Un vote qui dépasse le cas Bolsonaro
Au-delà de la situation personnelle de l’ancien chef de l’État, ce texte teste la solidité des institutions brésiliennes face aux pressions politiques.
- La Cour suprême suit de près le processus.
- Les ONG de défense de la démocratie dénoncent une « porte ouverte à l’impunité ».
- Les chancelleries étrangères observent également, conscientes du poids géopolitique du Brésil.
Dans un pays toujours traumatisé par l’assaut du 8 janvier 2023, les députés s’apprêtent à prendre une décision qui pourrait redessiner le paysage politique pour les années à venir.
Si la réduction est adoptée et confirmée par le Sénat, Jair Bolsonaro — actuellement écarté de la vie politique — pourrait théoriquement retrouver une marge de manœuvre, voire préparer un retour, même lointain, au premier plan. Une hypothèse qui divise profondément la société brésilienne.