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Culture

Carnet touristique | A la découverte de Fakaha

Un voyage à quelques kilomètres de Korhogo, au cœur d'un des villages qui peint l’histoire

Carnet touristique | A la découverte de Fakaha
‘‘Les peintres Sénoufo de Fakaha utilisent des pigments naturels, des toiles de coton et des outils traditionnels’’

Par Dahn Habib Sénamblé

À 35 kilomètres de Korhogo dans le Nord de la Côte d’Ivoire, le soleil tape fort sur les cases en banco de Fakaha, un village qui se dévoile comme un petit havre de calme et de couleurs. On entend les chants des oiseaux, le bruit des pas dans la poussière, et, ici et là, le frottement des pinceaux sur les toiles. Fakaha n’est pas un simple village : c’est le cœur battant des célèbres toiles de Korhogo, ce trésor culturel ivoirien reconnu dans le monde entier.

Des pigments, des symboles et des histoires

Sous une case ouverte sur la cour, Mamadou, peintre sénoufo, mélange avec précision ses pigments naturels. « Chaque couleur a sa signification », explique-t-il, les mains tachées d’ocre et de noir. « Le rouge, c’est la vie et la vitalité. Le noir, la terre et nos ancêtres. Et le blanc… c’est l’esprit ».

À ses côtés, une jeune apprentie trace des motifs d’animaux et de scènes de la vie quotidienne. Ici, chaque geste est une leçon, chaque toile une histoire transmise de génération en génération. Les motifs racontent l’histoire de leur peuple : symboles mystiques, animaux, scènes de vie quotidienne… Chaque trait est un langage à part entière, une fenêtre ouverte sur la culture sénoufo.

« Nous ne peignons pas seulement pour vendre », confie Mamadou. « Chaque toile raconte quelque chose. C’est notre mémoire, notre culture, notre identité. »

Quand le monde est venu à Fakaha

Fakaha a même connu les pas d’un visiteur de légende. En 1968, Pablo Picasso, le maître du cubisme, aurait foulé ce sol poussiéreux, fasciné par ces motifs naïfs et puissants à la fois. « Il est resté là plusieurs heures, à observer nos symboles », raconte Mamadou avec un sourire. « Il voulait comprendre notre langage. »

Un atelier à ciel ouvert

Le village vit au rythme de la peinture. Les artistes s’installent au sol, parfois sur de simples nattes, sous le regard des visiteurs, fascinés par la précision de leurs gestes. On entend le crissement des pinceaux, le froissement du coton, et le vent qui joue avec les tissus tendus pour sécher les toiles.

Dans la cour, Chigata, une jeune artiste, montre fièrement sa création. « Chaque motif a un sens, dit-elle. Ce n’est pas juste de l’art, c’est notre histoire, nos ancêtres, nos croyances. »

Les visiteurs prennent des photos, posent des questions, mais ici, le temps semble suspendu. La vie et l’art s’entrelacent dans chaque détail : les rires des enfants qui courent entre les cases, le parfum de la terre humide après la pluie, et le bruissement des feuilles des manguiers sous lesquels certains artistes s’installent pour peindre.

Un héritage vivant

À Fakaha, l’art ne dort jamais. Chaque toile est un message, un témoignage vivant d’une culture qui refuse de s’effacer. Les pigments, les symboles et les gestes ancestraux continuent de raconter la vie, d’éduquer les visiteurs et d’inspirer les générations futures.

Alors qu’on quitte le village, le soleil se couche sur les cases en banco, illuminant les toiles accrochées aux murs. Le bruissement des pinceaux et le parfum de l’ocre restent gravés dans les esprits. Fakaha n’est pas seulement le berceau des toiles de Korhogo, c’est un temple vivant de mémoire, de culture et de couleurs.

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