‘‘Anicet Ekane avait été arrêté il y a un mois à Douala et transféré à Yaoundé’’
Par Dahn Habib Sénamblé, info : Rfi
Yaoundé (Cameroun), le 1er décembre 2025 — l’opposant et président du Manidem, Anicet Ekane, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi 1er décembre. L’information a été confirmée ce matin par ses avocats et par sa famille.
Arrêté le 24 octobre dernier à Douala, il était détenu depuis plus d’un mois dans les cellules du secrétariat d’État à la Défense, à Yaoundé.
Une dégradation rapide de son état de santé
Selon ses avocats, l’état de santé d’Anicet Ekane s’est fortement détérioré au cours du week-end, malgré les soins administrés au sein de la garnison militaire. Inquiet, son parti avait publié, dimanche 30 novembre, un communiqué appelant à son transfèrement urgent vers un autre établissement hospitalier, estimant que la prise en charge médicale n’était plus suffisante.
Dans ce texte, le Manidem mettait déjà en garde : le parti affirmait qu’il tiendrait le régime de Yaoundé pour responsable des conséquences d’un refus de transfert. Quelques heures plus tard, la nouvelle est tombée : Anicet Ekane est mort en détention, 38 jours après son interpellation, survenue au lendemain de la présidentielle.
Une figure majeure de la vie politique camerounaise
L’annonce de son décès a provoqué une vague d’émotion dans le pays. Plusieurs médias locaux ont bouleversé leur grille pour couvrir l’événement, tandis que les réseaux sociaux se remplissent d’hommages.
Anicet Ekane, actif depuis près d’un demi-siècle, faisait partie des grandes voix de l’opposition camerounaise. Il appartenait à la génération des militants qui, au début des années 1990, s’étaient engagés pour le retour au multipartisme et pour la tenue d’une conférence nationale souveraine, qui n’a finalement jamais eu lieu.
Arrêté et condamné en 1990 pour « activités subversives », il se présentait comme l’héritier politique des figures nationalistes Ruben Um Nyobe, Félix-Roland Moumié ou Ernest Ouandié, dont il racontait avoir été le témoin de l’exécution publique en 1983. Fondateur du Manidem, il s’est présenté à plusieurs reprises à la présidentielle et s’est illustré par ses combats sociaux et en faveur des plus démunis.
Un rôle central dans la présidentielle de 2025
Cette année encore, Anicet Ekane avait pesé dans la récente présidentielle. Son parti avait d’abord investi Maurice Kamto, puis il avait apporté son soutien à Issa Tchiroma Bakary, arrivé officiellement deuxième du scrutin mais revendiquant la victoire.
À ce titre, Ekane avait été accusé, avec d’autres figures de l’opposition, « d’insurrection » et de « rébellion », après avoir contesté les résultats donnant Paul Biya vainqueur.
Une enquête annoncée par le ministère de la Défense
Dans un communiqué, le ministère camerounais de la Défense annonce l’ouverture d’une enquête visant à « établir avec précision les circonstances du décès ». Il assure également qu’Anicet Ekane était « pris en charge de manière appropriée par le corps médical militaire », en lien avec ses médecins personnels, et qu’il bénéficiait d’un suivi dans plusieurs structures hospitalières.