‘‘Pourquoi Laurent Gbagbo a-t-il réellement choisi de rompre le silence pour la situation du pays ou pour sauver l'image de Nady Bamba contre la sortie de Blé Goudé ?’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, le 29 novembre 2025 — Laurent Gbagbo a décidé de sortir de sa réserve, un mois après la présidentielle du 25 octobre. Une prise de parole très attendue… mais surtout très révélatrice. Car au-delà des mots, une question traverse les coulisses politiques : pourquoi maintenant ? Qui Gbagbo cherche-t-il vraiment à défendre ?
Depuis près d’une semaine, l’attention nationale n’est plus tournée vers lui, mais vers son épouse, Nady Bamba. Une femme habituellement discrète mais désormais submergée par les polémiques. Une tempête déclenchée par la sortie tonitruante de Charles Blé Goudé, son ancien protégé, qui a ouvert une brèche politique et médiatique inattendue.
Alors, faut-il voir dans la sortie de Gbagbo ce samedi une réponse aux enjeux constitutionnels qu’il dénonce ? Ou plutôt une stratégie de diversion destinée à détourner les projecteurs braqués sur la « crise Nady Bamba » ?
Un discours pour réaffirmer son combat… ou pour reprendre le contrôle du récit ?
L’ancien président a axé son intervention sur un thème central : la lutte contre le « 4ᵉ mandat » du chef de l’État sortant. « On ne peut pas accepter ça ! », a-t-il martelé, rappelant le principe de limitation à deux mandats inscrit dans la Constitution.
Mais derrière cette fermeté apparente, un autre débat s’impose. Ce message était-il réellement destiné au pouvoir en place… ou à sa propre base politique, fragilisée par les récentes tensions internes ?
Car ces derniers jours, ce n’est pas la question des mandats qui dominait l’actualité, mais bien les accusations, soupçons et critiques visant la sphère intime de Gbagbo. Une situation inconfortable pour un leader qui, depuis 2021, tente de reconstruire une image d’homme d’État au-dessus des controverses internes.
La défense de principes démocratiques… ou la défense d’un cercle familial ?
En s’attaquant de front au débat constitutionnel, Gbagbo réactive un vieux combat : celui de la légitimité et du respect des règles démocratiques. « Pourquoi écrit-on dans la loi ce qu’on n’a pas l’intention d’appliquer ? », interroge-t-il.
Mais n’est-il pas légitime de se demander si la priorité réelle du moment n’était pas ailleurs ?
Depuis la sortie de Charles Blé Goudé, la cohésion de son propre camp est sous pression. Et Gbagbo le sait : laisser le terrain médiatique à cette polémique aurait été politiquement dangereux.
D’où cette intervention — à la fois politique et personnelle — pour reprendre le contrôle du calendrier et du débat public.
Un rappel de 2011 pour raviver les mémoires… et tester les loyautés ?
Dans son discours, Laurent Gbagbo est revenu sur son éviction en 2011, évoquant l’intervention militaire française et la légitimité des bombardements. Une stratégie discursive calculée :
réactiver l’émotion historique pour ressouder les rangs et repositionner la bataille politique actuelle comme une continuité d’une injustice passée.
Mais cette posture interroge aussi : Gbagbo cherche-t-il à mobiliser sa base ou à masquer l’érosion d’une partie de son influence interne ?
Car si les attaques visent aujourd’hui Nady Bamba, elles fragilisent indirectement sa capacité à maintenir l’unité autour de lui. D’où cette volonté d’inscrire sa prise de parole dans un cadre plus large, plus solennel, presque « historique ».
Entre stratégie, protection et reconquête : que prépare Gbagbo ?
À la lecture de son intervention, une conclusion s’impose :
Gbagbo n’a pas parlé uniquement pour dénoncer le 4ᵉ mandat. Il a parlé pour reprendre la main.
La question centrale demeure :
s’agit-il d’un message adressé au pouvoir, à ses partisans… ou à ses adversaires internes ?
La réponse semble se situer à la croisée de ces trois dimensions : « Protéger son épouse, fragilisée par les attaques ; Réaffirmer son autorité morale sur son camp ; Replacer le débat politique sur un terrain qu’il maîtrise : la bataille autour de la Constitution et de la légitimité du pouvoir ».
Une sortie calculée, presque stratégique, qui montre que — malgré le poids des années et les crises internes — Laurent Gbagbo reste un acteur central du jeu politique ivoirien.
Mais jusqu’à quand ? Et avec quelle marge de manœuvre alors que ses propres soutiens semblent aujourd’hui divisés ?