‘‘Dans cette opposition ivoirienne, le départ du COJEP expose des fractures profondes’’
Une analyse de Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, le 26 novembre 2025 — Le retrait définitif du COJEP de Charles Blé Goudé de la CAP–CI, officialisé le 24 novembre, n’est pas un simple acte administratif. Il s’inscrit dans un contexte politique mouvant, marqué par des recompositions internes au sein de l’opposition ivoirienne, à quelques semaines des législatives du 27 décembre.
Cette rupture met en lumière autant les fragilités des alliances d’opposition que les ambitions stratégiques du COJEP dans la nouvelle configuration politique post-présidentielle.
Une suspension devenue rupture
Initialement, le COJEP avait seulement suspendu sa participation à la plateforme. Une mesure prise en octobre, au moment où le parti choisissait de soutenir la candidature de Simone Ehivet Gbagbo à la présidentielle, en contradiction avec la ligne non électoraliste de la CAP-CI.
À ce moment-là, la suspension se voulait technique, respectueuse des principes de la coalition, et limitée dans le temps.
Mais après l’élection, aucune dynamique de rapprochement n’a véritablement émergé. Le parti évoque désormais des « conditions d’une collaboration sincère » qui ne seraient plus réunies. Une formulation qui laisse entendre des divergences plus profondes que celles officiellement affichées.
La CAP-CI, une plateforme fragilisée
Ce départ survient alors que la CAP-CI traverse une phase d’incertitude. Créée pour structurer une résistance politique commune, la coalition peine à maintenir une cohésion durable entre des partis aux trajectoires contrastées et aux ambitions parfois concurrentes.
Le retrait du COJEP pourrait ainsi accentuer la difficulté de la plateforme à se positionner comme un bloc homogène face au pouvoir en place.
Une stratégie d’autonomie pour le COJEP
En actant son retrait, le parti de Blé Goudé semble vouloir retrouver une liberté de mouvement, tant tactique que communicationnelle.
Cette autonomie lui permettrait : de redéfinir son identité politique hors de toute tutelle ; de se repositionner en acteur singulier de l’opposition ; et d’éviter tout risque de dilution dans une coalition dont le leadership reste disputé.
Depuis son retour en Côte d’Ivoire, Blé Goudé s’efforce de se démarquer, en multipliant les prises de parole et en adoptant un discours d’équilibre entre contestation et appel au dialogue politique. Le retrait du COJEP de la CAP-CI pourrait renforcer cette stratégie de recentrage.
Un signal adressé aux autres forces de l’opposition
Au-delà de la dimension organisationnelle, la décision du COJEP intervient dans un moment où les oppositions ivoiriennes sont confrontées à plusieurs défis : recomposition des leaderships ; concurrence entre visions stratégiques ; absence d’un bloc unifié à l’approche des législatives ; montée des forces politiques émergentes.
Le départ du COJEP pourrait être interprété comme le symptôme d’une opposition qui peine à parler d’une même voix. Il pourrait aussi encourager d’autres partis à reconsidérer leurs alliances ou à affirmer davantage leur autonomie.
Quelle place pour le COJEP dans le paysage politique ?
Le retrait ne signifie pas un repli. Au contraire, il pourrait ouvrir la voie à une nouvelle phase d’activité politique pour Charles Blé Goudé, dont les récentes interventions publiques témoignent d’une volonté d’occuper l’espace médiatique et de peser dans le débat national.
La question centrale demeure : quelle stratégie adoptera le COJEP dans les semaines et mois à venir ?
Alliances ponctuelles, repositionnement idéologique, ou construction d’un nouveau cadre politique ?
L’avenir du parti reste ouvert, mais ce retrait acte déjà une chose : le COJEP entend tracer sa propre voie, en dehors de structures collectives perçues comme insuffisamment alignées avec ses ambitions.