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Culture

Carnet touristique | Koni

Ce village du Nord où le métal parle et les ancêtres répondent

Carnet touristique | Koni
‘‘Au cœur du feu sacré des maîtres-forgerons sénoufo, dans les forges de Koni, la mémoire du fer continue de vibrer’’

Par Dahn Habib Sénamblé

À Koni, dans le nord ivoirien, les forgerons perpétuent des gestes vieux de plusieurs siècles. Reportage dans un village où le métal rougeoyant raconte encore l’histoire des ancêtres.

Le soleil n’est pas encore à son zénith, mais déjà, une chaleur vibrante s’échappe des fourneaux d’argile qui dominent le centre du village. Koni, petite localité sénoufo située à 15 kilomètres de Korhogo, s’éveille au rythme sourd des marteaux sur l’acier.

Devant son atelier, le maître-forgeron ajuste une braise, observe la couleur du métal, puis plonge la barre rouge vif sur l’enclume.

« Ici, le fer parle… et nous, on l’écoute », confie-t-il dans un sourire. Le visage noirci par la fumée, il lève à peine les yeux avant d’enchaîner les coups, précis, réguliers. Chaque geste semble hérité de siècles d’apprentissage silencieux.

Un héritage à transmettre

À Koni, la forge est bien plus qu’un métier : c’est une identité. Les anciens racontent que leurs aïeux extrayaient et fondaient déjà le fer avant l’arrivée des colons. Le savoir-faire s’est transmis de père en fils, dans une famille de forgerons que rien ne destinait à quitter les braises.

À l’ombre d’un manguier, quelques jeunes observent attentivement.

« C’est important d’apprendre. Si nous ne continuons pas, qui le fera ? », lâche l’un d’eux, tout juste adolescent.

Les hauts fourneaux, symboles d’un passé prestigieux

Plus loin, les hauts fourneaux traditionnels dressent leur silhouette de terre rouge. Certains datent de plusieurs décennies et témoignent d’un art longtemps utilisé pour produire du métal en grande quantité. Aujourd’hui, ils sont devenus une véritable attraction touristique.

Les visiteurs affluent, souvent guidés par la réputation du village. On y vient pour comprendre comment, avec du charbon de bois et quelques soufflets, les artisans parviennent à atteindre des températures capables de plier le plus dur des métaux.

Dominer le feu, maîtriser le fer

Autour de l’enclume, les coups reprennent, cadencés, presque musicaux. Une odeur de métal chaud se mêle à la poussière du sol. Les étincelles jaillissent et retombent comme des lucioles incandescentes.

« Le fer est solide, mais le forgeron le dompte toujours », lance le maître, sans cesser de frapper. Sous ses mains, une simple barre devient machette, houe ou objet décoratif destiné aux touristes.

La scène impressionne autant qu’elle émeut : le fer, ici, n’est pas seulement travaillé. Il est respecté.

Un village qui vit de sa tradition

Koni est désormais classé parmi les villages artisanaux les plus visités de la région du Poro. Les artisans vendent leurs créations, mais surtout, ils partagent une histoire qui continue à se forger chaque jour.

Au moment de quitter le village, le martèlement des enclumes résonne encore au loin. À Koni, le fer vit, respire et pulse à chaque coup. Et tant que les fourneaux brûleront, la mémoire des anciens restera intacte.

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