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Politique

PPA-CI | Crise ouverte après la fronde électorale

Gbagbo frappe fort, relève 22 ses cadres et réaffirme son contrôle sur le parti

PPA-CI | Crise ouverte après la fronde électorale
Laurent Gbagbo sanctionne les dissidents et réaffirme son autorité politique

Par Dahn Habib Sénamblé

Abidjan, le 19 novembre 2025 — Le PPA-CI traverse l’une de ses plus fortes turbulences internes depuis sa création. Par une décision rendue publique ce mercredi 19 novembre 2025, Laurent Gbagbo a révoqué 22 cadres de toutes leurs fonctions au sein du parti, leur reprochant d’avoir déposé une candidature aux élections législatives contre la décision officielle de boycotter le scrutin.

La décision, annoncée par la porte-parole Habiba Touré, marque un tournant stratégique pour un parti qui cherche à préserver son unité dans un paysage politique tendu.

Une liste de sanctions sans précédent

Les personnalités suivantes sont concernées par la révocation : Affoua Kra Monique, Assémien Kacou Edouard, Asseu Elolo Sidonie, Assi Ndin Théodore, Bohui Hugues Gérard Kurtus, Dago Kouassi Auguste, Dalli Arthur Prince-Richard, Ecra Elidjé Joseph, Garou Antoni, Gbahi Honoré Martial, Gnonblesson Pierre Quintus, Gooré Bi Gnamien Taunin, Kipré Stéphane, Koffi Loukou Léon, Koua Charles-Philipps Kinimo, Kprekpré Zilihonon Bernadette Ernestine Sylvie, Lago Lebato Modeste, Lasm Ny Blaise, N’Guessan Béchié Paul, Quégnin Georges Armand, Séri Louma Hortense et Youté Wonsébéo Innocent.

Dans l’histoire récente du parti, rarement une mesure disciplinaire aura concerné autant de figures, certaines étant des animateurs clés dans leurs régions.

Un boycott devenu ligne rouge

L’origine de cette fracture remonte à la session du Comité central du 6 novembre.

À cette occasion, Laurent Gbagbo avait exprimé fermement son opposition à la participation du PPA-CI aux législatives du 27 décembre, estimant que se rendre aux urnes dans ces conditions reviendrait à « couvrir la forfaiture » du processus électoral.

Le Comité central avait validé cette position à large majorité, en l’inscrivant comme décision souveraine. Mais une frange de cadres, convaincus que la participation était nécessaire pour maintenir une présence politique locale, a fait le choix de déposer des candidatures.

Une bataille interne autour de la stratégie et de la légitimité

Les sanctions reflètent deux visions opposées au sein du parti :

Les partisans de Laurent Gbagbo défendent un boycott qui se veut politique, symbolique et moral. Pour eux, participer dans ce contexte reviendrait à légitimer un processus électoral qu’ils jugent biaisé.

Les dissidents sanctionnés estiment, au contraire, que l’absence du PPA-CI des législatives laisserait un vide politique dangereux et renforcerait ses adversaires.

Le communiqué de Habiba Touré est sans ambiguïté : la discipline interne ne peut être « optionnelle » et chaque cadre a l’obligation d’appliquer les décisions adoptées collectivement.

Gbagbo réaffirme son autorité dans un moment clé

En sanctionnant aussi largement, Laurent Gbagbo envoie un signal politique majeur : le PPA-CI ne tolèrera aucune fronde interne au moment où il cherche à se réorganiser et à peser dans un système politique dominé par le RHDP.

Cette purge interne peut être interprétée comme : un rappel d’autorité, alors que ses adversaires politiques l’accusent d’avoir perdu l’influence d’antan ; un recentrage stratégique, afin de maintenir l’unité du parti autour d’un discours de résistance ; une clarification interne, avant d’éventuelles recompositions politiques après les législatives.

Un parti face à ses contradictions

Si la décision renforce l’autorité de Gbagbo, elle ouvre néanmoins une période d’incertitude : certains cadres révoqués disposent d’un ancrage local fort, et leur exclusion pourrait priver le parti de relais importants dans plusieurs circonscriptions.

Mais la direction assume sa ligne : « Servir un parti, c’est accepter de le respecter dans les épreuves », indique le communiqué, qui rappelle également « la mémoire des morts, des blessés et des prisonniers politiques ».

Pour le PPA-CI, l’heure est donc au resserrement des rangs. Et ce geste d’autorité pourrait bien reconfigurer durablement l’équilibre interne du parti.

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