‘‘Face aux crises régionales, Pourquoi la Côte d’Ivoire est devenue la locomotive stratégique de l’Afrique de l’Ouest’’
Une analyse de Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, 4 juin 2026 – La visite d’amitié et de travail effectuée à Abidjan par le président béninois Romuald Wadagni auprès de son homologue ivoirien Alassane Ouattara dépasse largement le cadre protocolaire. Derrière les déclarations officielles sur la coopération bilatérale et l’intégration régionale se dessinent les grands défis qui secouent aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest : menace terroriste persistante, fragilité politique, compétition économique mondiale et nécessité urgente de consolider l’intégration régionale.
Dans cette équation régionale complexe, la Côte d’Ivoire apparaît plus que jamais comme l’une des principales locomotives économiques et diplomatiques de la sous-région.
Une Afrique de l’Ouest sous forte pression sécuritaire
Depuis plusieurs années, l’Afrique de l’Ouest fait face à une dégradation continue de sa situation sécuritaire. Initialement concentrée dans la zone sahélienne, la menace djihadiste s’est progressivement rapprochée des pays côtiers du golfe de Guinée.
Le nord du Bénin est régulièrement confronté à des incursions armées attribuées à des groupes extrémistes opérant dans la zone dite des “trois frontières”, entre le Niger, le Burkina Faso et le Bénin. La situation sécuritaire du Burkina Faso voisin demeure particulièrement préoccupante, avec des attaques quasi permanentes qui déstabilisent l’ensemble de la région.
La Côte d’Ivoire n’est pas épargnée. Depuis l’attaque de Grand-Bassam en 2016 et les incidents enregistrés dans les zones frontalières du nord, notamment autour de Kafolo et Tengréla, les autorités ivoiriennes ont considérablement renforcé leur dispositif sécuritaire.
Pour Abidjan, la stabilité régionale n’est plus uniquement une question diplomatique : elle constitue désormais une priorité stratégique et économique.
La Côte d’Ivoire, rempart sécuritaire du golfe de Guinée
Sous l’impulsion du président Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire a investi massivement dans la modernisation de ses forces de défense et de sécurité.
Le pays s’est engagé dans une coopération sécuritaire renforcée avec plusieurs États de la sous-région, notamment le Bénin, le Ghana et le Togo, afin de contenir l’expansion des groupes armés vers les pays côtiers.
Cette stratégie repose sur plusieurs piliers : « le renforcement du renseignement ; la sécurisation des frontières nord ; la coopération militaire régionale ; la lutte contre le financement du terrorisme ; et la prévention de la radicalisation des jeunes. »
Abidjan sait qu’une déstabilisation durable des pays côtiers aurait des conséquences économiques majeures pour toute la région ouest-africaine.
L’économie ouest-africaine face aux turbulences mondiales
Au-delà de la sécurité, les échanges entre les présidents ivoirien et béninois interviennent dans un contexte économique mondial particulièrement tendu.
L’Afrique de l’Ouest subit de plein fouet : « les effets des tensions géopolitiques internationales ; les perturbations des chaînes d’approvisionnement ; la hausse des prix alimentaires et énergétiques ; ainsi que les conséquences du changement climatique. »
Dans cet environnement incertain, la Côte d’Ivoire conserve un rôle moteur dans la sous-région grâce à son poids économique.
Première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Côte d’Ivoire représente près de 40 % du PIB de l’espace communautaire. Son port autonome d’Abidjan demeure l’une des principales portes d’entrée commerciales pour plusieurs pays enclavés du Sahel.
Le corridor Abidjan–Ouagadougou–Niamey reste vital pour l’approvisionnement des pays de l’hinterland.
Dans ce contexte, toute instabilité sécuritaire dans la région menace directement les flux commerciaux, les investissements et les chaînes logistiques régionales.
L’intégration régionale comme réponse stratégique
Face à ces défis, Abidjan mise sur une accélération de l’intégration régionale.
Les discussions entre Alassane Ouattara et Romuald Wadagni traduisent cette volonté de renforcer les mécanismes communautaires en matière : « de sécurité ; de commerce ; d’infrastructures ; de mobilité ; et de coopération énergétique. »
La sous-région ouest-africaine traverse actuellement une phase délicate, marquée par les tensions entre certains États sahéliens et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
Dans ce climat, la Côte d’Ivoire tente de jouer un rôle d’équilibre diplomatique et économique afin d’éviter une fragmentation régionale susceptible d’affaiblir davantage l’espace communautaire.
Le défi de la jeunesse et de l’emploi
La question démographique constitue également un enjeu majeur.
L’Afrique de l’Ouest possède l’une des populations les plus jeunes au monde. Chaque année, des millions de jeunes arrivent sur le marché du travail dans un contexte où les économies peinent encore à créer suffisamment d’emplois.
Pour les dirigeants ouest-africains, la lutte contre le terrorisme ne peut être dissociée des questions de pauvreté, d’éducation et d’insertion économique.
C’est pourquoi les chefs d’État multiplient désormais les discours autour d’un développement “inclusif”, capable d’offrir des perspectives à la jeunesse et de réduire les vulnérabilités sociales exploitées par les groupes extrémistes.
Abidjan, nouveau centre de gravité régional
Avec sa stabilité relative, son dynamisme économique et son influence diplomatique croissante, la Abidjan s’impose progressivement comme l’un des principaux centres de décision en Afrique de l’Ouest.
La visite de Romuald Wadagni illustre cette réalité géopolitique nouvelle : les grands dossiers régionaux — sécurité, commerce, intégration et investissements — se discutent de plus en plus dans la capitale économique ivoirienne.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais clair : préserver sa stabilité intérieure tout en consolidant son rôle de puissance économique et diplomatique dans une sous-région confrontée à de profondes mutations.