‘‘Comme sur cette image, Thiam et Guikahué sont apparus à plusieurs reprises ensemble lors de certaines rencontres du parti’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Dans un entretien fleuve, Maurice Kacou Guikahué, ex-chef du Secrétariat exécutif du PDCI-RDA, revient sur la période 2022–2023 et détaille pour la première fois les coulisses de l’entrée de Tidjane Thiam au Bureau politique. Un récit qui contredit frontalement ceux qui l’accusent d’avoir saboté ou combattu le retour de l’actuel président du parti.
Un premier contact en 2022
Guikahué situe l’origine de l’affaire en 2022, alors qu’il se trouvait en France : « Quand je me suis retrouvé en France, en 2022, le jeune frère — le président actuel — m’a appelé pour me dire qu’il voulait me voir. Il est venu me voir en tant que Secrétaire exécutif. Il m’a demandé d’entrer au Bureau politique. J’ai dit d’accord, et j’en ai parlé au Président Bédié ».
À Daoukro, une mission inattendue : convaincre Bédié
De retour en Côte d’Ivoire, Guikahué se rend auprès du président Henri Konan Bédié à Daoukro: « J’ai expliqué la situation au président Bédié. Il a donné son accord mais il a demandé que Thiam fasse une lettre écrite. C’était inédit. On n’a jamais demandé à un militant d’écrire pour entrer au Bureau politique. Mais j’ai accepté. »
Une lettre exigée… mais jamais signée pendant huit mois
A l’en croire la lettre a été « rédigé comme il l’a demandée. Mais le président n’a pas signé la décision pendant huit mois. » L’ancien ministre souligne l’étrangeté de cette longue attente : « Il n’a plus rien dit, jusqu’à ce qu’on organise le congrès. »
Mars 2023 : au Congrès extraordinaire, Guikahué réintroduit Thiam
Le dossier est finalement débloqué lors du congrès extraordinaire de mars 2023 : « Lors du congrès, il a dit : on refait le Bureau politique. Il m’a convoqué. Et c’est moi qui ai réintroduit le nom de Thiam dans la liste. C’est à ce moment-là que le président Bédié a accepté de signer la décision. »
L’ancien numéro deux du parti insiste : « Après son arrivée, Thiam est venu me rendre visite à deux reprises. Donc on ne peut pas dire que je ne l’aime pas. Les actes que j’ai posés ne vont pas dans ce sens. »
Interrogé sur la possibilité que son intention de se présenter à la présidence du parti ait pu créer une forme de rivalité, il répond sans détour : « Peut-être. Moi, je n’étais pas contre Thiam. C’est lui qui était contre moi. »
Il rappelle qu’après le décès de Bédié, nombreux étaient ceux qui estimaient qu’il devait naturellement être candidat : « J’étais chef du Secrétariat exécutif. Le président est décédé… Pour beaucoup, je devais être candidat, ce que j’ai été d'ailleurs. Mais ma candidature a été éliminée. Malgré cela, j’ai dit à mes partisans d’aller voter Thiam. Qu’on arrête de dire que je n’aime pas Thiam : j’ai tout fait pour lui ouvrir la porte »
En conclusion, Guikahué rejette les accusations de rivalité personnelle : « On ne peut pas dire que je n’aime pas Thiam. Ce que j’ai fait montre le contraire. J’ai plaidé pour lui, j’ai réintroduit son nom, et j’ai demandé aux militants de le soutenir. »