Lire, se lire et être lu....

Politique

PDCI-RDA | Sorti de son long silence

Maurice Kacou Guikahué charge la gouvernance Thiam

PDCI-RDA | Sorti de son long silence
‘‘Maurice Kacou Guikahué, ancien Secrétaire exécutif du PDCI-RDA’’

Par Dahn Habib Sénamblé

Cinq mois après sa démission du poste de conseiller politique du président du PDCI-RDA, Cheick Tidjane Thiam, l’ancien secrétaire exécutif Maurice Kacou Guikahué reprend la parole publiquement.

Dans un entretien long, parfois amer, il s’explique sur son éloignement, revient sur la stratégie du parti pendant la présidentielle et fustige une gouvernance qu’il juge opaque, précipitée et déconnectée de la tradition houphouëtiste.

Un silence assumé mais contraignant

Pendant la présidentielle, Guikahué s’est effacé. Une absence que beaucoup ont interprétée comme un désengagement. Lui parle de discipline :

« On prend la parole quand on porte une responsabilité. Je n’ai pas parlé parce que c’était la décision de la direction. Et si les réunions statutaires avaient été convoquées, je m’y serais exprimé. »

Il rappelle que le PDCI, ayant choisi Cheick Tidjane Thiam comme unique candidat, s’est volontairement retiré du scrutin après son invalidation : « Le parti a décidé de n’avoir aucun plan B. Dès lors, le PDCI ne pouvait pas participer à l’élection. J’ai respecté la ligne. »

Il rejette toute interprétation personnelle : « En tant que citoyen, j’ai mes opinions. Mais nous avons la discipline du parti. On ne sème pas la confusion en pleine élection. »

Absence dans les marches : la justification judiciaire

Critiqué pour n’avoir pas participé aux manifestations organisées, notamment par des cadres proches de l'opposition, Guikahué répond point par point. « C’est une très bonne question. En 2020, j’ai mené la désobéissance civile. J’ai fait la prison. J’ai été libéré sous contrôle judiciaire. Et ce contrôle a été la raison pour laquelle on m’a écarté de la présidence du parti après la mort de Bédié. »

À partir de là, explique-t-il, il ne pouvait plus s’aventurer dans la rue : « Je ne pouvais pas exposer le PDCI au risque de nouvelles poursuites judiciaires. Et je l’ai dit clairement au président du parti. »

Avec une pointe d’ironie, il glisse : « Certains déclenchent les marches et se cachent. Moi, je suis toujours resté en première ligne… mais avec un contrôle judiciaire sur la tête, c’est impossible. »

Sur la présidentielle : entre lucidité et prudence

Pour l’ancien ministre, la présidentielle s’est déroulée dans un relatif calme, mais il prévient : « N’ayant pas été représentés dans les CEI locales, nous n’avons pas d’éléments objectifs pour juger. Nous n’étions pas sur le terrain. »

Il observe néanmoins que dans plusieurs zones, il n’y a pas eu de vote, mais relativise : « Quand on fait le ratio, ça ne pèse rien face à 8 millions d’électeurs. »

Sur la validation du scrutin par le Conseil constitutionnel, il est sans ambiguïté : « Je suis député. Nous avons donné des prérogatives au Conseil constitutionnel. Quand il prend une décision, même si elle ne nous plaît pas, elle s’impose. » Une manière de dire qu’il reconnaît les résultats.

La stratégie “Thiam ou rien” : une ligne qu’il n’a jamais soutenue

Guikahué évoque l’un des points les plus sensibles : la stratégie de la direction. « Le PDCI est un parti d’ouverture. En 2000 déjà, nous avions Bombé comme candidat, mais nous avions suscité d’autres candidatures, y compris celle de Bédié, par précaution. »

Il juge donc incompréhensible que le parti ait fait le choix inverse en 2025 : « C’est la première fois que le PDCI se ferme. Aucune candidature de précaution. Rien. Le parti ne peut pas être absent parce qu’un candidat ne remplit pas les critères. » Une critique claire de la ligne imposée par Thiam et son entourage.

CEI : une institution perfectible mais en progrès

Sur la Commission électorale indépendante, Guikahué rappelle les critiques historiques du PDCI : « Il y a une surreprésentation du pouvoir. Le président de la République est membre, son parti aussi. Ils sont doublement représentés. »

Mais il reconnaît une évolution : « Depuis quelque temps, il y a une nette amélioration. Surtout en communication. Le président actuel de la CEI fait mieux que ses prédécesseurs. »

Pour lui, la réforme idéale serait une CEI « apolitique et administrative » avec un comité de contrôle composé des partis.

Crise interne : “Le parti est gouverné dans l’opacité”

Là encore, l’ex-numéro deux du PDCI ne mâche pas ses mots : « Je plains la gouvernance actuelle. Il y a une opacité inquiétante, un manque de transparence, beaucoup de clandestinité comme si on craignait quelque chose. »

Il dénonce aussi la montée d’un courant agressif : « Une catégorie de militants est devenue un groupe de censeurs, dont le rôle est d’insulter, de calomnier les cadres. C’est nouveau au PDCI et très dangereux. »

Il évoque aussi l'éloignement du président : « Quand le président du parti est à l’étranger, il n’y a plus de concertation. Or toutes les décisions doivent être validées par le bureau politique. »

Pour lui, l’absence de collégialité met en péril les orientations du parti.

L’article 48 : un rappel historique qui fait mal

Sur l’application de l’article 48 à Cheick Tidjane Thiam, Guikahué surprend : « Je ne veux pas entrer dans certains débats. En 1995, nous avons nous-mêmes appliqué l’article 48 pour empêcher Djéni Kobinan d’être candidat. Il faut assumer ce qu’on a fait. » Un message clair : le PDCI ne peut pas s’indigner d’une règle qu’il a lui-même exploitée.

Alliance PDCI – PPA-CI : un rapprochement mal né et mal mort

Pour Guikahué, l’alliance avec le parti de Laurent Gbagbo n’a jamais eu de base solide : « Elle est née sans bureau politique. Beaucoup de militants ont observé cela de loin. »

Il ajoute : « Il y avait trop de divergences internes : certains voulaient aller aux législatives, d’autres non. L’alliance est partie comme elle est venue. »

Législatives : une candidature “bloquée” de l’intérieur

Guikahué raconte enfin comment sa candidature pour Gagnoa a été contestée :

« Quelqu’un de la direction du parti a appelé la CEI pour dire qu’il fallait donner le parrainage à un indépendant. Et j’ai été alerté. »

Selon lui, la commission lui aurait expliqué que la décision venait directement du président du parti : « Ce n’est pas une décision politique objective. Je la respecte, mais elle ne repose sur rien. » Il déplore aussi le retard dans la publication des candidats : « C’est une légèreté administrative. Un manque de respect pour ceux qui ont déposé leurs dossiers. »

“Je suis un trait d’union qu’on ne consulte plus”

Au terme de son intervention, Guikahué affiche une certaine tristesse : « Je suis le trait d’union entre les anciens et les nouveaux. Ma non-utilisation est une perte d’information pour le parti. » Il conclut en fustigeant une rupture dans la transmission historique du PDCI, ce qui, selon lui, met en danger l’identité même du parti.


Partager cet article

Slogan : Lire, se lire et être lu....

© www.infos-plurielles.net. Tous droits réservés.