‘‘Sous ces beaux bâtiments du lycée professionnel d’Ebimpé, se cache la souffrance des apprenants’’
Par Sofiane Lorofolo Amine
Abidjan, 11 novembre 2025 – Au Lycée Technique et Professionnel d’Ebimpé, la nuit du 10 au 11 novembre 2025 a viré à la détresse. Faute d’infirmier de garde et d’encadrement administratif, des stagiaires malades ont dû être évacuées d’urgence à l’hôpital par leurs éducateurs, seuls et démunis. Un incident révélateur de graves dysfonctionnements dans la gestion sanitaire de l’internat.
Une nuit de souffrance sans secours
Selon le rapport de certains chefs de bâtiments dont nous nous sommes procurés, la soirée a commencé par plusieurs malaises parmi les stagiaires. Entre 17h et 18h, cinq jeunes filles ont été conduites à l’infirmerie. Mais, comme trop souvent, aucun infirmier n’était présent, laissant les éducateurs gérer seuls la situation jusqu’à tard dans la nuit.
Aux environs de minuit, l’état de deux stagiaires s’est aggravé, contraignant les chefs de bâtiment à chercher de l’aide auprès des responsables logés dans l’établissement. Malgré des appels répétés et des déplacements à leurs domiciles, aucune réponse du Directeur, du Censeur ni du CT.
Une évacuation improvisée et à leurs frais
Face à l’urgence, les chefs de bâtiment ont dû improviser. Sans ambulance ni véhicule officiel, ils ont sollicité l’aide du gardien et de riverains pour transporter les malades à l’Hôpital Général d’Anyama. « Nous avons fait ce que nous pouvions, avec nos moyens », confie un chef de bâtiment sous anonymat, dénonçant un manque total de soutien institutionnel. Les frais de transport ont été pris en charge par les élèves eux-mêmes, un geste salué par leurs condisciples.
Une stagiaire en héroïne de la nuit
Malgré la confusion, la stagiaire Cissoko Rama s’est illustrée par son courage en restant auprès des malades à l’infirmerie. Son geste de solidarité a été officiellement salué par le chef de bâtiment : « Sa disponibilité et son sens du devoir ont comblé, autant que possible, l’absence du personnel médical et administratif », précise le rapport.
Des défaillances récurrentes dans les nouveaux lycées techniques
L’incident relance la question du suivi sanitaire dans les internats publics, notamment dans ces nouveaux établissements techniques d’Anyama et de Diabo, récemment ouverts pour la rentrée 2025-2026.
Dotés d’équipements modernes et accueillant des milliers d’apprenants, ces lycées peinent encore à garantir des conditions de vie et de sécurité à la hauteur de leurs ambitions. « Au-delà des infrastructures, il faut une présence humaine, une vigilance constante. On ne peut pas laisser des adolescents sans encadrement la nuit », s’indigne un parent d’élève contacté à Anyama.
Un appel à l’action urgente
Le rapport du 10 novembre sonne comme un cri d’alarme. Il invite les autorités éducatives à renforcer les dispositifs sanitaires et la responsabilité des encadreurs. Sans quoi, préviennent plusieurs observateurs, ces internats risquent de devenir des zones de risque pour les élèves qu’ils sont censés protéger.