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Politique

PPA–CI | Réuni en Comité central

Le parti de Laurent Gbagbo boycotte les législatives et dénonce une “captation autoritaire du pouvoir”

PPA–CI | Réuni en Comité central

Par Dahn Habib Sénamblé

Abidjan, 6 novembre 2025 – Réuni en session ordinaire ce jeudi, le Comité central du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA–CI) a tranché : le parti de Laurent Gbagbo ne reconnaît pas les résultats de la présidentielle du 25 octobre 2025 et n’ira pas aux élections législatives prévues en décembre.

Une décision lourde de conséquences, dans un contexte de tensions politiques ravivées par l’arrestation du vice-président du parti, Damana Adia Pickas.

Un boycott pour “protestation démocratique”

Sous la présidence effective de Laurent Gbagbo, la réunion du Comité central a rassemblé au siège du parti, à Cocody-Attoban, les principaux cadres du parti autour d’un seul point : définir la conduite à tenir après ce que le PPA–CI appelle la « prétendue élection présidentielle ».

Le parti juge que le scrutin du 25 octobre dernier, marqué selon lui par la fraude, l’exclusion et la confiscation du suffrage populaire, ne saurait être reconnu comme une véritable élection démocratique. « Il n’y a pas eu d’élection, mais une désignation institutionnelle travestie », a résumé un membre du Comité central.

Sur cette base, la formation de Laurent Gbagbo estime que les conditions de transparence et de sécurité ne sont pas réunies pour participer aux prochaines législatives. Le climat politique, jugé « délétère » par la direction du parti, serait aggravé par la répression des manifestations, le harcèlement judiciaire de ses militants et la détention arbitraire de plusieurs cadres, dont Damana Pickas.

L’affaire Pickas, catalyseur de la rupture

L’arrestation du vice-président du parti, Damana Adia Pickas, semble avoir joué un rôle central dans la radicalisation de la position du PPA–CI.

Accusé d’« actes terroristes » et de « participation à un mouvement insurrectionnel », Pickas a été placé sous mandat de dépôt après avoir été entendu par la Direction de la surveillance du territoire (DST).

Le PPA–CI dénonce une manœuvre politique visant à intimider l’opposition et exige sa libération « immédiate et sans conditions ».

Pour plusieurs observateurs, cette arrestation est perçue par le parti comme la preuve ultime d’un verrouillage autoritaire de l’espace politique, justifiant son retrait du processus électoral.

Le pari risqué du retrait

Le boycott du PPA–CI n’est pas sans rappeler les postures d’opposition radicale adoptées lors des scrutins de 2020, dans un contexte similaire.

Mais cette décision comporte un risque : celui de laisser le champ libre au RHDP, le parti au pouvoir, dans un Parlement déjà largement acquis à la majorité présidentielle.

En se retirant de la compétition électorale, le PPA–CI espère incarner la « résistance morale et démocratique » face à ce qu’il qualifie de dérive autoritaire, mais il s’expose à une marginalisation institutionnelle dans les mois à venir.

Ce choix de boycott traduit un désarroi politique autant qu’un calcul stratégique : se poser en victime d’un système verrouillé pour mieux préparer la recomposition de l’opposition.

Entre répression et résistance

Le communiqué du Comité central rend hommage aux victimes de la répression, notamment dans le village de Nahio, présenté comme un « symbole de la résistance populaire ».

Laurent Gbagbo a, pour sa part, salué la « mobilisation massive du peuple ivoirien » contre le projet de « quatrième mandat » du président Alassane Ouattara, tout en réaffirmant son engagement pour une « lutte pacifique, démocratique et patriotique ».

Le parti promet de poursuivre ses actions « dans le cadre légal » et de renforcer la conscience citoyenne autour des thèmes de la souveraineté nationale, de la justice et de la liberté.

Un dialogue politique à réinventer

La position du PPA–CI met le pouvoir face à un dilemme : comment prétendre à des élections inclusives sans l’une des principales forces d’opposition du pays ?

Ce boycott risque de fragiliser davantage la crédibilité internationale du processus électoral ivoirien, déjà critiqué pour son manque de transparence.

Des diplomates de la CEDEAO et de l’Union européenne appellent à « un dialogue politique sincère » pour éviter une nouvelle polarisation du pays.

Mais, pour l’heure, les lignes semblent figées : d’un côté, un pouvoir décidé à imposer son calendrier électoral ; de l’autre, une opposition qui s’enferme dans une logique de résistance et de non-participation.

Une crise politique latente

En refusant de reconnaître la présidentielle et d’entrer dans le jeu législatif, le parti de Laurent Gbagbo confirme son positionnement de contestation totale du régime. Mais cette posture, si elle galvanise la base militante, pourrait aussi affaiblir durablement la représentativité institutionnelle du PPA–CI.

La Côte d’Ivoire s’avance donc vers un nouveau cycle politique tendu, marqué par la méfiance, la judiciarisation du débat public et la fragilisation du pluralisme.

Un scénario déjà connu, mais dont l’issue dépendra cette fois de la capacité du pouvoir et de l’opposition à renouer le fil d’un dialogue véritable — avant qu’il ne soit trop tard.


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