Par Dahn Habib Sénamblé — 1 er Novembre 2025
Calme, précis, réfléchi — Mamadou Sangafowa-Coulibaly incarne cette génération d’hommes d’État ivoiriens pour qui le développement n’est pas un slogan, mais une méthode.
C’est un homme que l’on remarque plus par son efficacité que par ses mots. Mamadou Sangafowa-Coulibaly, actuel ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, ne parle jamais pour occuper l’espace. Il agit. Discrètement, méthodiquement, mais toujours avec un impact durable.
Dans les couloirs feutrés du gouvernement ivoirien, on le surnomme parfois « l’ingénieur du réel » — un cerveau froid, précis, animé par une énergie tranquille.
« Il n’élève jamais la voix, mais quand il parle, tout le monde écoute », confie un proche collaborateur. De l’agriculture au pétrole, son parcours illustre une ligne de conduite claire : bâtir, consolider, transmettre.
Des racines solides et une passion précoce
Né dans le nord de la Côte d’Ivoire, au cœur du pays Sénoufo, Sangafowa-Coulibaly est façonné par la rigueur du travail bien fait. Diplômé de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université d’Abidjan et de l’INSET (filière comptable et finance), il aurait pu se contenter d’une carrière tranquille.
Des débuts d’entrepreneur visionnaire
Mais dès 1992, il suit une autre voie : celle de l’entrepreneuriat audacieux. À seulement 25 ans, il fonde une entreprise de négoce international spécialisée dans le transport et l’exportation de produits tropicaux vers l’Afrique du Nord et l’Europe. Son flair, sa discipline et son sens de la stratégie lui valent de se démarquer parmi les grands exportateurs africains. Son sens du détail et de la qualité lui vaut, six ans plus tard, une prestigieuse récompense : le Prix de la meilleure marque de mangue, décerné par le Comité de Liaison Europe-Afrique-Caraïbes-Pacifique (COLEACP).
« Il avait déjà ce goût du travail bien fait, cette rigueur qui le distingue encore aujourd’hui », confie un ancien partenaire commercial.
De l’entreprise à la haute administration : Le bâtisseur du monde agricole ivoirien
L’année 2003 marque un tournant : cette année-là, il quitte le monde des affaires pour entrer dans celui, tout aussi exigeant, de la haute administration. Nommé directeur de cabinet adjoint au ministère de l’Agriculture, il hérite d’un dossier explosif : la crise du coton.
La filière est au bord de l’effondrement. Il faut sauver des milliers d’emplois, rétablir la confiance et réorganiser toute une chaîne de production.
Dans un contexte de crise militaro-politique, il conçoit et met en œuvre un programme de sauvetage de la filière coton, alors menacée d’effondrement. C’est là qu’il se forge une réputation de technicien infatigable, alliant connaissance du terrain et sens stratégique.
Sangafowa-Coulibaly relève le défi. Avec rigueur et pragmatisme, il met sur pied un plan de redressement qui sauve la filière. En quelques années, il redonne vie à un secteur que beaucoup pensaient condamné à la stagnation. Sous son impulsion, la Côte d’Ivoire retrouve sa place de géant agricole mondial : 1er producteur mondial de cacao ; 1er producteur africain de caoutchouc et de bananes ; 1er producteur mondial de noix de cajou. Cette réussite lui vaut d’être remarqué. « Ce que Sangafowa a fait pour l’agriculture ivoirienne, peu de ministres africains peuvent s’en prévaloir”, souligne un analyste du cabinet Linklaters.
En 2010, il est nommé ministre de l’Agriculture. Et c’est là que sa vision prend toute son ampleur.
Une vision moderne et durable : Le ministre qui a redonné souffle à l’agriculture ivoirienne
Nommé ministre de l’Agriculture en mars 2010, Sangafowa-Coulibaly s’attaque à une tâche immense : moderniser un secteur vital mais en perte de vitesse depuis trois décennies. Sous son impulsion, la Côte d’Ivoire se dote d’une agriculture performante, rentable et durable. C’est lui qui pilote la mise en œuvre du Programme National d’Investissement Agricole (PNIA), dont les retombées seront considérables : réduction de la pauvreté rurale, hausse des revenus des producteurs, retour de la confiance des investisseurs.
Résultat : le pays attire de nouveaux investisseurs, diversifie ses filières et réduit la pauvreté en zone rurale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
1er producteur mondial de cacao (1,63 million T en 2016) ;
1er producteur africain de caoutchouc et de bananes dessert ;
1er producteur mondial de noix de cajou (702 510 T).
Ces performances valent à la Côte d’Ivoire d’être citée par le cabinet Linklaters comme “l’économie agricole la plus dynamique d’Afrique subsaharienne”, et par Havas Horizons parmi les pays les plus attractifs pour les investisseurs agricoles.
Une reconnaissance internationale et panafricaine
Son approche séduit au-delà des frontières. Son expertise lui ouvre les portes de la scène continentale. De 2016 à 2018, il est élu président de la Conférence des ministres africains de l’Agriculture de la FAO par ses pairs africains. À ce poste, il milite pour remettre le secteur agricole au cœur des politiques africaines et internationales, pour une Afrique qui se nourrit elle-même, qui transforme et qui exporte sa valeur ajoutée.
« L’Afrique ne doit pas être seulement un grenier du monde, mais une puissance agricole pleinement intégrée à la chaîne de valeur mondiale », déclarait-il alors à Rome.
Décoré Officier de l’Ordre national, Commandeur du Mérite Agricole ivoirien et français, Mamadou Sangafowa-Coulibaly conjugue technicité, engagement et humilité.
L’élégance de la stratégie : Retour à l’entreprise et nouvelle mission nationale
Après dix années intenses au gouvernement, Sangafowa-Coulibaly se retire en 2019. Pas pour se reposer, mais pour apprendre. Il rejoint la Harvard Business School, où il obtient un Executive MBA. Cette parenthèse renforce encore sa vision : combiner la rigueur scientifique, la logique économique et l’intelligence politique.
Trois ans plus tard, le président Alassane Ouattara le rappelle pour piloter un autre secteur-clé : les Mines, le Pétrole et l’Énergie.
Une nomination stratégique. Et un signal clair : dans le nouveau chapitre de la transformation économique ivoirienne, Sangafowa-Coulibaly en est l’un des architectes majeurs. Une mission qu’il aborde avec le même calme méthodique qu’à ses débuts.
« Le secteur énergétique est la colonne vertébrale du développement. Nous devons le rendre fort, propre et souverain. Mon engagement reste total : faire du secteur extractif ivoirien une source durable de croissance et de prospérité », confiait-il à son entrée en fonction.
Du technocrate à la politique en passant par la culture, l’homme est d’une fidélité sans précédent
Au-delà des chiffres et des chantiers, l’homme impressionne par son humilité. Fils du Nord, profondément attaché à sa culture, il est initié du Poro, symbole de sagesse et de discipline.
Sur le plan politique, il milite depuis ses jeunes années aux côtés de feu Djéni Kobina, avant d’occuper plusieurs fonctions au sein du RDR, puis du RHDP, dont il est aujourd’hui membre du Directoire.
Député de Korhogo Commune depuis 2011, il reste fidèle à sa base et proche de ses concitoyens, loin des excès et des discours creux.
Membre du Directoire du RHDP, il incarne cette génération de cadres politiques qui privilégient les résultats aux postures.
Le stratège du long terme
Son secret ? Une vision claire, un esprit d’analyse redoutable et une maîtrise absolue de ses émotions.
Il ne cherche ni le bruit ni la lumière. Il construit, étape après étape, avec la conviction tranquille que les résultats parlent toujours plus fort que les discours.
Ni tonitruant ni mondain, Sangafowa-Coulibaly cultive une discrétion rare dans un univers politique souvent bruyant. Sa méthode : écouter, analyser, agir.
Cette force tranquille, à la fois pragmatique et visionnaire, incarne la continuité d’un État ivoirien qui avance, sereinement mais sûrement, sur le chemin de la transformation économique.