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Politique

Scrutin présidentiel du 25 octobre | Au PDCI-RDA

Aucune consigne de vote donnée, le choix du silence: entre calcul stratégique et crise de leadership ?

Scrutin présidentiel du 25 octobre | Au PDCI-RDA

À quelques jours du scrutin du 25 octobre, le PDCI-RDA refuse de donner une consigne de vote. Derrière cette posture officielle, se joue une bataille plus profonde : celle de la recomposition de l’opposition ivoirienne et du repositionnement du plus vieux parti du pays.

Ce mardi 21 octobre, à Cocody, une commune d’Abidjan, l’ambiance était grave mais mesurée. En conférence de presse au siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), les députés Doho Simon et Calixe Yapo, porte-parole adjoints du parti, ont annoncé que la formation fondée par Félix Houphouët-Boigny ne donnera pas de consigne de vote pour la présidentielle du 25 octobre prochain. Un choix présenté comme un acte de cohérence, mais qui révèle aussi l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui l’opposition ivoirienne.

Une candidature rejetée, un électorat déboussolé

Le rejet de la candidature de Cheick Tidjane Thiam, président du PDCI, a laissé le parti sans véritable stratégie électorale. L’ancien banquier international, censé incarner la modernisation du parti et la relève générationnelle, a été écarté par le Conseil constitutionnel pour des motifs administratifs liés à sa résidence fiscale.

Depuis, le PDCI tente de maintenir une unité fragile, entre les partisans d’un boycott actif et ceux qui prônent un retrait silencieux.

« Nous ne soutenons pas le système autocratique et tenons le chef de l’État pour responsable de tout ce qui arrive à notre pays », a martelé Doho Simon devant la presse, dénonçant « une liste électorale falsifiée et une Commission électorale non réformée ».

Ce refus de participer au jeu électoral, selon les cadres du parti, n’est pas un renoncement, mais une manière de préserver le capital moral du PDCI face à un scrutin qu’ils jugent verrouillé.

Le pari du retrait : stratégie ou résignation ?

Officiellement, le PDCI assume un “appel à l’expression plurielle”, selon les mots de Doho Simon.

Mais dans les coulisses, de nombreux cadres reconnaissent que l’absence d’un candidat et la peur de la dispersion du vote d’opposition pèsent lourdement sur le moral des troupes. Certains militants, notamment dans les bastions historiques du parti — le Bélier, le Gôh et le Loh-Djiboua —, confient leur désarroi face à une campagne dominée par le RHDP et un PPA-CI en pleine reconquête de terrain.

« Tidjane Thiam reste dans le cœur des Ivoiriens, mais son message depuis la France a été mal interprété. Il ne s’agit pas d’un appel à la rue, mais d’une invitation à dire non, pacifiquement », a expliqué le député.

Cette posture ambiguë, entre boycott et résistance pacifique, illustre un virage stratégique délicat pour un parti encore marqué par son passé d’hégémonie et par sa rivalité historique avec le RHDP, son ancien allié.

Une opposition en quête d’équilibre

Depuis 2020, la scène politique ivoirienne vit une recomposition accélérée. Alors que le PPA-CI de Laurent Gbagbo tente de consolider son ancrage populaire, le PDCI mise sur son réseau institutionnel et son image de parti de stabilité. Mais entre ces deux pôles, les tentatives de front commun peinent à tenir, faute de leader unique et de stratégie partagée.

« Ce n’est pas le PDCI-RDA qui refuse le dialogue, c’est le pouvoir », a répliqué Calixe Yapo, appelant à des « manifestations pacifiques » et à la « réouverture du dialogue politique ».

Pour les observateurs, ce discours traduit une position d’attente, presque transitoire. En ne s’associant à aucun candidat, le PDCI cherche à éviter la marginalisation post-électorale tout en gardant sa capacité à peser sur les négociations futures, notamment en cas de second tour contesté ou de crise institutionnelle.

La recomposition post-électorale déjà en marche

À trois jours du vote, les tensions restent fortes. Le Front commun PDCI–PPA-CI, créé pour contester le processus électoral, a montré ses limites. Les heurts observés dans plusieurs localités, ayant causé la mort d’un manifestant et d’un officier de gendarmerie, rappellent les fragilités d’un climat politique où le dialogue reste suspendu.

Dans ce contexte, la posture du PDCI pourrait se révéler payante à long terme. Le parti joue une carte institutionnelle et symbolique, celle d’un “père de la démocratie ivoirienne” qui se place au-dessus de la mêlée.

Mais cette neutralité affichée pourrait aussi être interprétée comme un repli, voire un aveu d’impuissance face à un pouvoir solidement installé. « Il n’est pas encore tard pour dialoguer », a insisté Calixe Yapo. « Nous ne voulons pas de violence, nous voulons un cadre politique juste et équitable », a-t-il ajouté.

Entre héritage et avenir

Pour le PDCI, l’enjeu dépasse l’élection du 25 octobre. Il s’agit désormais de redéfinir son identité politique dans un paysage où l’houphouëtisme est revendiqué aussi bien par le pouvoir que par l’opposition. Le parti doit transformer son retrait électoral en force de proposition, ou risquer de devenir un acteur secondaire d’une opposition fragmentée. Cheick Tidjane Thiam, encore à l’étranger, n’a pour l’heure, donné aucune véritable déclinaison. Mais à Cocody comme à Daoukro, une conviction demeure : le PDCI-RDA ne veut pas disparaître. Il veut revenir. La question est désormais quand, et sous quelle forme.

La Rédaction

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