Le PDCI-RDA, ce vieux baobab de la politique ivoirienne, vacille. Et à sa tête, Tidjane Thiam, l’homme que beaucoup voyaient comme le sauveur providentiel, peine à imposer son autorité et, surtout, à rallumer la flamme militante. L’ancien banquier international, revenu au pays pour « reconstruire la maison houphouëtiste », se retrouve aujourd’hui seul dans un parti qui ne le comprend pas, et qu’il ne comprend pas vraiment.
Un costume trop taillé pour l’international
Il faut bien le dire : Tidjane Thiam est un homme brillant. Ses années passées à diriger Credit Suisse, sa maîtrise des dossiers économiques et son aisance à l’international en font un profil rare. Mais cette stature de technocrate mondial, qui séduit les chancelleries et les investisseurs, n’a jamais suffi à fédérer une base politique.
Le PDCI-RDA n’est pas un conseil d’administration : c’est une vieille machine politique, avec ses barons, ses rancunes, ses fidélités de clan et ses guerres d’héritage. Et Thiam, avec sa rigueur froide et son style d’exécutif londonien, n’a pas trouvé le ton juste.
Ses réunions ressemblent à des conférences, ses discours à des présentations PowerPoint, et sa communication, trop policée, laisse les militants sur leur faim. « Il parle bien, mais il ne parle pas à nous », confiait récemment un responsable de section à Dimbokro.
Une coalition avec le PPA-CI qui dérange
Dernier pari en date : sa coalition politique avec le PPA-CI de Laurent Gbagbo. Officiellement, il s’agit d’un front de l’opposition pour « sauver la démocratie ivoirienne ». Dans les faits, cette alliance passe mal dans les rangs du PDCI.
Beaucoup de militants, marqués par les blessures des années 2000, voient d’un très mauvais œil ce rapprochement avec un parti encore associé aux violences post-électorales.
Pour eux, cette alliance brouille le message du PDCI, héritier du dialogue et de la modération houphouëtiste. « On ne combat pas le désordre en s’alliant avec ceux qui l’ont semé », souffle un vieux militant à Yamoussoukro.
En cherchant à élargir sa base, Tidjane Thiam a ouvert une fracture idéologique : entre les pragmatiques, qui jugent l’alliance nécessaire pour peser en 2025, et les puristes, qui voient dans ce rapprochement une trahison de l’âme du parti.
Le mythe du retour messianique brisé
L’attente autour de Tidjane Thiam était immense, presque mystique. Le « fils prodigue » du PDCI, revenu d’Europe pour redonner du lustre à un parti fatigué. Mais l’histoire politique ivoirienne ne pardonne pas les malentendus : on n’improvise pas une base militante, on la cultive.
Thiam est arrivé avec des idées modernes, mais sans la chaleur populaire qui fait les victoires électorales. Le contact humain, les tournées, les dialogues directs avec les militants : autant d’exercices qu’il a sous-estimés. En politique ivoirienne, on ne gouverne pas avec des concepts, mais avec des symboles, des poignées de main et des fidélités.
Un leader intellectuel, pas un chef de guerre
Le problème de Tidjane Thiam, c’est qu’il raisonne comme un dirigeant d’entreprise alors qu’il conduit une armée politique. Or, un parti sans chef de guerre n’est qu’une structure vide. Le PDCI n’a plus de souffle, plus de cap, et sa base attend toujours un signal fort, un geste rassembleur, une parole d’espoir.
S’il veut éviter que le PDCI ne se transforme en un musée politique, Tidjane Thiam devra troquer le costume-cravate contre la chemise retroussée du militant, aller à la rencontre de ceux qui, dans les villages et les quartiers populaires, attendent autre chose qu’un discours sur la gouvernance.
Faute de quoi, il restera ce qu’il est devenu : un président sans armée, à la tête d’un parti qui n’a plus de peuple.
La Rédaction