Il y a quelque chose de profondément symbolique dans ces images venues de Bouboury et Krafi, deux villages paisibles du littoral sud ivoirien. Charles Blé Goudé, longtemps figure de la rue, tribun des foules et stratège du feu, y est apparu dans un tout autre registre : celui du messager de la paix et du militant de la participation citoyenne.
Ce week-end, le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) a repris la route, non pas pour lui-même, mais au nom d’une autre icône de la résistance ivoirienne : Simone Ehivet Gbagbo, candidate du Mouvement des Générations Capables (MGC) à l’élection présidentielle de 2025.
Accueilli par des chants et danses traditionnels, Blé Goudé a été reçu à Bouboury par le chef du village, Nanan Simone, avant de s’adresser à une foule compacte, attentive et visiblement conquise. Mais son discours a surpris : pas de rhétorique guerrière, pas de diatribes contre ses adversaires. À la place, une parole apaisée, presque morale.
« Nous ne devons plus reprendre les armes pour conquérir le pouvoir. Je suis un homme droit, et je marche droit », a-t-il déclaré, comme pour solder définitivement les comptes d’un passé tumultueux.
Celui qui fut jadis surnommé “le Général de la rue” s’est voulu ici pédagogue. Il a parlé d’une autre manière de faire la politique : celle qui passe par les urnes, non par la colère.
« Vous voulez le changement ? Alors, allons le chercher sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée », a-t-il exhorté, insistant sur le vote comme seule arme légitime du peuple.
Cette métamorphose rhétorique, déjà amorcée depuis son retour d’exil et ses discours de réconciliation, prend ici une tournure stratégique. Blé Goudé ne renie rien de ses combats passés, mais il reformule la lutte : non plus contre un ennemi, mais contre l’abstention, le découragement et la résignation.
« Celui qui dit au peuple de ne pas aller voter est contre la Côte d’Ivoire », a-t-il lancé, dans une pique à peine voilée contre les appels au boycott émanant de certaines franges de l’opposition.
L’ancien ministre de la Jeunesse a ainsi repris son rôle d’agitateur politique, mais au service d’un nouveau mot d’ordre : responsabilité et stratégie. « Ce n’est pas seulement la force qui fait gagner un combat, mais la stratégie », a-t-il insisté, citant à l’appui les succès électoraux de Jean-Marc Yacé, Ehouo Jacques, Dr Emmou Sylvestre ou encore Assalé Tiémoko — autant de figures locales dont les victoires reposent, selon lui, sur la mobilisation populaire et la discipline de terrain.
En appelant à soutenir Simone Gbagbo, “celle qui a su se dresser hier et saura encore se dresser aujourd’hui”, Blé Goudé a confirmé son rôle de passeur politique, tentant de rallier les bases du FPI historique au projet du MGC. Loin d’un simple appui de circonstance, cette alliance revêt une portée symbolique : celle d’une recomposition lente mais réelle du camp nationaliste, autour d’une rhétorique de dignité, de souveraineté et de paix civile.
Au-delà de la ferveur populaire, ce déplacement de terrain portait un message plus profond : celui d’un homme qui, après avoir été symbole de division, cherche désormais à incarner une nouvelle conscience politique. En redéfinissant la lutte en termes de stratégie électorale, Blé Goudé s’efforce de repositionner son influence, non plus dans la rue, mais dans les urnes.
La cérémonie s’est conclue sur un geste hautement symbolique : la remise d’un pagne traditionnel et d’une somme symbolique par les anciens du village. Un signe de bénédiction, mais aussi d’acceptation. Comme si, au-delà de la politique, le peuple reconnaissait chez lui une sincère volonté de tourner la page et de participer à l’écriture d’un nouveau chapitre ivoirien.
La Rédaction