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Dossier| Présidentielle du 25 octobre 2025

Cinq voix ; une nation en quête de cap ; le peuple et la tentation du déjà-vu ?

Dossier| Présidentielle du 25 octobre 2025

Cinq candidats, un même pays, et une campagne qui, malgré sa ferveur, semble rejouer un scénario connu : celui d’une Côte d’Ivoire ballotée entre la stabilité promise et le changement espéré.

Entrés dans la dernière ligne droite d’une campagne présidentielle où se mêlent bilans, promesses et symboles, cinq candidats sillonnent le pays, chacun cherchant à incarner à sa manière la continuité, le changement ou la réconciliation. Mais au-delà des discours, cette campagne révèle un enjeu plus profond : celui de la redéfinition du contrat politique entre l’État et les citoyens.

Le RHDP - De Daola à Bondoukou en passant par la capitale politique Yamoussoukro, Alassane Ouattara joue la carte du bilan. Le président déroulant son bilan comme une démonstration de force : routes, électricité, infrastructures, stabilité macroéconomique, mise sur la preuve par les chiffres : plusieurs milliers de milliards de francs CFA investis pour l’électrification et les infrastructures de base en 15 ans de gouvernance. Son message est clair : la stabilité économique reste son meilleur argument. En promettant de poursuivre les grands chantiers, il se positionne en garant de la continuité, dans un pays encore marqué par la mémoire des crises passées.

Le CODE - Face à lui, Jean-Louis Billon déroule une approche plus sociale. L’homme d’affaires dit incarner une autre lecture du développement : celle du territoire et de l’économie réelle. Son discours, centré sur les femmes et les marchés, traduit une vision managériale du politique, proche du terrain, mais encore timide sur le plan idéologique. Le libéral éclairé se veut pragmatique, mais il peine à faire entendre une alternative suffisamment distincte de la technostructure qu’il critique. Partout où il est passé, il s’adresse aux femmes, promettant un marché moderne, un centre hospitalier et des infrastructures vivrières. Le ton est pragmatique, presque gestionnaire : l’ancien ministre du Commerce cherche à incarner un État de proximité, un pouvoir économique au service des réalités quotidiennes.

L’Indépendant sorti de l’escarcelle du PPA-CI - Pendant ce temps, Ahoua Don Mello, lui, fait le pari de la base. Ses rencontres à Port-Bouët et Dabou s’apparentent à une campagne de terrain, fondée sur la mobilisation civique. Son appel au retrait massif des cartes d’électeurs traduit une volonté de replacer le citoyen au cœur du processus démocratique, loin des grands rassemblements spectaculaires. Le candidat indépendant, proche du PPA-CI joue la carte du peuple, celui qu’on oublie souvent, sauf en période électorale. C’est une posture plus militante qu’électorale, un rappel que la démocratie n’est pas qu’affaire de programmes, mais de participation réelle.

Le MGC - Sur un autre registre, Simone Ehivet Gbagbo ramène la politique à sa dimension spirituelle. En évoquant la réconciliation, aux côtés de Charles Blé Goudé, elle assume le rôle d’une figure morale plus que d’une technicienne du pouvoir. Son discours, à mi-chemin entre mémoire et pardon, cherche à guérir une nation fracturée. A chacune des étapes de sa tournée, elle exhorte à « pardonner à ceux qui ont fait souffrir » pendant la crise postélectorale. Son discours, empreint de spiritualité politique, réactive le débat sur la mémoire nationale et sur la capacité du pays à tourner la page. Mais derrière les mots, plane la question : la réconciliation peut-elle être portée par ceux qui furent, hier, au cœur du tumulte ?

Le GP-PAIX - Enfin, Henriette Lagou l’autre femme en lice, sillonne le centre du pays en messagère de paix. Sa voix, plus discrète, résonne pourtant avec un sentiment diffus dans la société : la lassitude face à la surenchère politique, le besoin de sérénité.

Derrière ces cinq itinéraires, se dessine un même défi : celui de rendre la politique crédible dans une société de plus en plus jeune, connectée et exigeante. À mesure que les meetings se multiplient, les électeurs attendent moins des promesses que des preuves d’écoute et de justice sociale. Entre continuité institutionnelle, reconquête de légitimité et quête de sens, une constante s’impose : le peuple, lui, observe. En vrai, fatigué des querelles d’appareils, méfiant face aux promesses réchauffées, il attend, non plus un discours, mais un contrat social, moral, politique.

Le 25 octobre prochain, les urnes ne départageront pas seulement des candidats : elles diront si la démocratie ivoirienne parvient, enfin, à conjuguer la stabilité institutionnelle et le renouvellement politique.

La Rédaction

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