C’est un déplacement hautement symbolique que Simone Ehivet Gbagbo a effectué ce jeudi 16 octobre 2025 à Korhogo (Nord ivoirien), capitale du Poro et bastion historique du pouvoir actuel. Candidate à la présidentielle du 25 octobre sous les couleurs du Mouvement des générations capables (MGC), l’ancienne Première Dame entendait marquer les esprits, mais surtout démontrer sa capacité à briser les clivages régionaux qui structurent depuis longtemps la vie politique ivoirienne.
Arrivée en fin d’après-midi dans la ville des tisserands, Simone Gbagbo a multiplié les rencontres institutionnelles et coutumières. À la préfecture d’abord, où elle a été reçue par le préfet André Epkonon Assoumon, puis à la mairie, où le sixième adjoint au maire, Coulibaly Tenena Salifou, l’a accueillie au nom de la municipalité. Ces étapes protocolaires, habituelles en période électorale, avaient ici valeur de message : celui d’une candidate cherchant à s’inscrire dans le dialogue républicain, même dans une région traditionnellement acquise au RHDP.
Mais c’est surtout par le ton et la symbolique de son discours que Simone Gbagbo a voulu se distinguer. « Je suis venue prendre la puissance pour qu’au soir du 25 octobre, vous me donniez la couronne », a-t-elle lancé avec humour, arrachant les applaudissements d’un public conquis. Derrière la plaisanterie, une stratégie claire : s’approprier le langage de la légitimité populaire, dans une ville perçue comme le cœur du pouvoir septentrional.
La suite de sa visite, tournée vers les autorités coutumières et religieuses, a renforcé ce positionnement. Chez le chef de canton Issa Coulibaly, 1er vice-président de la Chambre nationale des rois et chefs de villages, elle a sollicité les bénédictions et l’écoute des gardiens des traditions. Son passage à la Grande Mosquée de Korhogo, lieu emblématique de la foi et du dialogue communautaire, visait quant à lui à souligner l’esprit d’unité et d’inclusion que prône sa campagne.
Au-delà de la dimension protocolaire, cette séquence politique revêt une portée stratégique majeure. En choisissant Korhogo, Simone Gbagbo envoie un signal fort : celui d’une candidate qui refuse de se cantonner à son ancrage historique du Sud et du Centre-Ouest, et qui ambitionne de s’adresser à l’ensemble du territoire, y compris aux régions longtemps perçues comme inaccessibles à son camp.
Ce déplacement intervient à un moment où la campagne électorale s’intensifie et où la bataille des symboles prend une importance particulière. Pour l’ancienne Première Dame, qui tente de redéfinir son image et de repositionner son mouvement comme une alternative crédible, la conquête du Nord représente à la fois un défi et une opportunité.
La journée devait s’achever sur un grand meeting à la place Alassane Ouattara, au cœur de Korhogo — un choix assumé, presque provocateur, dans une région où le nom du président sortant est omniprésent. En s’y exprimant, Simone Gbagbo cherche à démontrer que le MGC entend parler à tous les Ivoiriens, sans distinction de région ni de passé politique.
La Rédaction