Après deux années de flambée, le marché mondial du cacao semble reprendre son souffle. Depuis la mi-août, les prix ne cessent de reculer, atteignant ces derniers jours leur plus bas niveau depuis février 2024. À New York, la tonne de cacao s’échange désormais sous la barre des 6 000 dollars, loin du record de 12 000 dollars atteint en décembre dernier.
Des récoltes meilleures et une demande en repli
Ce retournement de tendance s’explique d’abord par des nouvelles rassurantes venues d’Afrique de l’Ouest, berceau de plus de 60 % de la production mondiale. Les pluies de fin de saison ont été bonnes, dissipant les craintes d’une récolte décevante.
À cela s’ajoute un affaissement de la demande. Les prix stratosphériques enregistrés fin 2024 ont fini par refroidir les industriels comme les consommateurs. Les chocolatiers ont adapté leurs recettes, parfois en réduisant la teneur en cacao, tandis que certains consommateurs ont simplement diminué leur consommation.
Les fonds spéculatifs ont eux aussi contribué à accentuer la baisse : anticipant la correction, ils ont liquidé leurs positions, inondant artificiellement le marché d’une offre supplémentaire.
Un cycle qui se retourne
Ce reflux des cours marque, au moins à court terme, un véritable changement de cycle. Mais la baisse ne se répercutera pas immédiatement dans les rayons : le marché du cacao fonctionne toujours avec un décalage d’environ six mois.
Selon une enquête de Bloomberg menée auprès d’une dizaine de traders et d’analystes, la production mondiale pourrait même dépasser la consommation d’environ 186 000 tonnes pour la saison 2025-2026 — plus du double de l’excédent enregistré l’an dernier.
Pour autant, le retour à des prix “pré-crise”, entre 2 000 et 3 000 dollars la tonne, paraît improbable. Comme le souligne le Financial Times, la production africaine reste structurellement fragilisée : plantations vieillissantes, maladies persistantes comme le swollen shoot, et impacts du changement climatique maintiennent la filière sous tension.
Une filière sous pression durable
Les gouvernements ivoirien et ghanéen ont bien relevé les prix payés aux planteurs pour la nouvelle campagne 2025-2026. Une mesure censée les inciter à livrer davantage de fèves aux transformateurs. Mais pour l’économiste François Ruf, cette hausse ne fera sans doute que ralentir la baisse de la production, sans l’enrayer.
Au Ghana, la filière est d’ailleurs confrontée à un concurrent redoutable : l’orpaillage, qui détourne une partie de la main-d’œuvre et des terres. Le pays pourrait ainsi perdre, à court terme, sa place de deuxième producteur mondial au profit de l’Équateur.
La Rédaction