‘‘L’accord entre OpenAI et le Pentagone suscite interrogations et divisions’’
Par Dahn Habib Dénamblé avec Rfi
Washington, 27 février 2026 – L’attribution par le Pentagone d’un contrat stratégique à OpenAI pour mettre son intelligence artificielle au service de l’armée américaine soulève de nombreuses questions éthiques et politiques, au moment où la jeune entreprise vient par ailleurs d’annoncer une levée de fonds record.
Selon plusieurs sources concordantes, le département américain de la Défense a choisi OpenAI après le refus de son concurrent Anthropic d’ouvrir sans restriction son logiciel aux forces armées. Une décision qui aurait provoqué l’ire de responsables politiques, dont l’ancien président Donald Trump.
Garde-fous affichés, ligne rouge floue
Le patron d’OpenAI assure que son système refusera toute surveillance de masse et exigera une validation humaine pour autoriser une frappe militaire. Des garde-fous similaires à ceux revendiqués par Anthropic.
Mais certains experts s’interrogent sur la solidité de ces engagements. « La question centrale est de savoir si l’on peut livrer ce système en retirant certains verrous », souligne Alain Garnier, président de la start-up française Jamespot. Selon lui, l’enjeu porte notamment sur le degré d’autonomie accordé à l’intelligence artificielle dans des systèmes d’armement.
Anthropic, qui aurait refusé d’assouplir ses restrictions, a été accusé de « trahison » par le ministre américain de la Défense. OpenAI, de son côté, affirme maintenir des limites strictes. Mais pour certains observateurs, la frontière entre communication publique et pratiques internes reste difficile à évaluer.
Fronde interne
L’accord avec l’armée divise également en interne. Vendredi, près de 400 employés d’OpenAI ont exprimé leur soutien à Anthropic dans une lettre ouverte, illustrant les tensions au sein du secteur technologique sur l’usage militaire de l’IA.
Le débat s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’encadrement des technologies dites « duales », à la fois civiles et militaires, alors que la course mondiale à l’intelligence artificielle s’intensifie.
Une levée de fonds historique
Quelques heures avant l’annonce de l’accord avec le Pentagone, OpenAI a dévoilé une levée de fonds colossale de 110 milliards de dollars, valorisant l’entreprise à 730 milliards de dollars – un niveau inédit pour une société aussi récente.
Parmi les investisseurs figurent Amazon, qui apporterait 50 milliards de dollars dont 15 immédiatement, le fabricant de puces Nvidia ainsi que le groupe japonais SoftBank.
Longtemps associé à Microsoft, qui a investi plus de 13 milliards de dollars depuis 2019, OpenAI diversifie ainsi ses alliances stratégiques.
Avec plus de 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires pour son outil ChatGPT, l’entreprise affiche une croissance fulgurante. Mais malgré un chiffre d’affaires estimé à 13 milliards de dollars en 2025, elle continue d’investir massivement pour développer des modèles plus puissants, nécessitant d’importantes capacités de calcul.
Dans un contexte de rivalité technologique accrue entre grandes puissances, l’accord avec l’armée américaine marque un tournant symbolique et stratégique, au croisement des enjeux de souveraineté, d’éthique et de puissance militaire.