‘‘L’offensive du gouvernement pour généraliser le dépistage précoce et renforcer la prise en charge’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, le 16 février 2026 – Face à la montée des pathologies cancéreuses, la Côte d’Ivoire a engagé une stratégie d’envergure articulée autour d’un principe central : détecter tôt pour mieux guérir. Modernisation des infrastructures, décentralisation de l’offre de soins, campagnes de dépistage massif et amélioration de l’accessibilité financière constituent les axes majeurs de cette politique de santé publique.
Un plateau technique renforcé et modernisé
Au cœur de cette politique figure le Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO), à Cocody, devenu le principal centre de référence du pays. Depuis son ouverture, il a profondément transformé l’offre de soins oncologiques.
Autre pilier du dispositif : l’Institut de médecine nucléaire d’Abidjan (IMENA), qui permet d’améliorer la précision du diagnostic et le suivi des traitements grâce à l’imagerie spécialisée.
La dynamique se poursuit avec la construction d’un deuxième centre d’oncologie médicale et de radiothérapie à Grand-Bassam, destiné à désengorger Abidjan et à renforcer la capacité nationale de traitement.
Dans une logique de décentralisation, des centres de cancérologie intégrant la radiothérapie verront également le jour dans les pôles régionaux d’excellence, notamment à Korhogo, Bouaké, Yamoussoukro et Daloa, afin de rapprocher les soins des populations de l’intérieur du pays.
Les autorités mettent en avant un arsenal thérapeutique élargi, incluant des traitements innovants rendus plus accessibles grâce aux subventions publiques et aux partenariats conclus avec des acteurs internationaux.
épistage précoce : priorité à la prévention
La stratégie nationale repose aussi sur des campagnes massives de sensibilisation et de dépistage.
Du 9 février au 9 mars 2026, une vaste campagne nationale est organisée par l’Institut national de santé publique (INSP) d’Adjamé, ciblant principalement trois pathologies :
- le cancer du sein,
- le cancer du col de l’utérus,
- le cancer de la prostate.
Au CNRAO, un service permanent de prévention et de dépistage accueille les patients sur rendez-vous, tous les jours ouvrables.
« Ici, la personne est traitée de façon holistique, aussi bien pour les soins médicaux que dans les autres soutiens non médicamenteux. C’est notre façon de lui dire qu’elle peut s’en sortir et qu’il y a des possibilités de guérison au bout de tous ces traitements », explique la directrice du centre, la professeure Judith Didi-Kouko Coulibaly.
Une approche globale de la prise en charge
La politique ivoirienne de lutte contre le cancer repose sur quatre piliers :
1. La prévention et le dépistage précoce,
2. Un plateau technique avancé,
3. La concertation pluridisciplinaire, garantissant la sécurité des décisions thérapeutiques,
4. Les soins d’accompagnement et l’accessibilité financière.
Cette approche intégrée vise à améliorer non seulement les résultats médicaux, mais aussi la qualité de vie des patients.
Des indicateurs en nette progression
Les autorités s’appuient sur des chiffres qu’elles jugent encourageants.
En 2017, avant l’ouverture du CNRAO, le taux de survie à cinq ans des femmes atteintes d’un cancer du sein était estimé à 30 %. Il est passé à 63 % depuis la mise en service du centre. Lorsque la maladie est détectée précocement et correctement prise en charge, ce taux peut atteindre 85 %.
Au 30 juin 2024, le CNRAO affichait les données suivantes :
- 12 160 nouveaux patients enregistrés, dont certains venus de pays voisins ;
- 63 873 consultations réalisées ;
- 3 204 traitements par radiothérapie ;
- 29 461 cures de chimiothérapie et traitements assimilés ;
- 162 581 analyses biologiques ;
- 7 876 participations aux activités d’accompagnement.
Ces chiffres illustrent à la fois l’ampleur des besoins et la montée en puissance des capacités nationales.
Un enjeu de santé publique majeur
Dans un contexte où le cancer représente une cause croissante de mortalité en Afrique subsaharienne, la Côte d’Ivoire mise sur la combinaison du dépistage précoce, de l’innovation thérapeutique et de la décentralisation des soins pour inverser la tendance.
Les autorités rappellent que « le cancer se soigne mieux lorsqu’il est détecté tôt ». À travers les investissements engagés et les campagnes en cours, le gouvernement entend faire du dépistage un réflexe de santé publique et réduire durablement la mortalité liée aux pathologies cancéreuses.