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Politique

Côte d’Ivoire | Financement de la rébellion de 2002

Voici comment Laurent Gbagbo exonère le Président Ouattara aujourd’hui, vingt-trois ans après

Côte d’Ivoire | Financement de la rébellion de 2002
‘‘Laurent Gbagbo disculpe Alassane Ouattara sur le financement de la rébellion de 2002’’

Par Dahn Habib Sénamblé

Abidjan, le 5 février 2026 – L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo est revenu, jeudi, sur un pan du financement et de l’armement de la rébellion née du coup d’État manqué du 19 septembre 2002, revenant ainsi sur une accusation longtemps portée sur l’actuel Président Alassane Ouattara, dans le débat politique ivoirien depuis plus de deux décennies.

Ces déclarations ont été faites lors de la présentation des vœux de nouvel an du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) à Abidjan, devant des militants et sympathisants.

Un récit impliquant Mouammar Kadhafi

Dans son intervention, Laurent Gbagbo a relaté une rencontre passée avec l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, en marge d’un sommet de l’Union africaine.

Selon l’ex-chef de l’État ivoirien, le dirigeant libyen lui aurait confié avoir été induit en erreur par des intermédiaires ivoiriens, qui lui auraient présenté Laurent Gbagbo comme hostile aux musulmans.

« On m’a dit que tu n’aimais pas les musulmans (…) Ils sont venus me demander de l’argent et je leur en ai donné. Je leur ai donné des armes », a rapporté Laurent Gbagbo, attribuant ces propos à Kadhafi.

Des circuits régionaux d’acheminement d’armes évoqués

Toujours selon Laurent Gbagbo, les armes destinées à la rébellion transitaient par la Libye, le Tchad, le Niger puis le Burkina Faso, où se trouvait une base arrière des insurgés.

Il a indiqué avoir alors pris contact avec l’ancien président tchadien Idriss Déby Itno, ce qui aurait conduit à l’ouverture d’une ambassade ivoirienne à N’Djamena afin de surveiller les flux d’armement.

« Quelques fois, les armes venaient par le Soudan », a-t-il ajouté.

Ouattara présenté comme non impliqué

Ces propos constituent un désaveu implicite des accusations visant Alassane Ouattara, longtemps soupçonné par certains acteurs politiques d’avoir soutenu la rébellion.

À plusieurs reprises par le passé, l’actuel président ivoirien avait nié toute implication, condamnant aussi bien le coup d’État de septembre 2002 que celui du 24 décembre 1999, qui avait renversé le président Henri Konan Bédié.

Des accusations anciennes contre la France

Lors de la crise, l’ex-leader des Jeunes patriotes Charles Blé Goudé avait, pour sa part, accusé l’ancien président français Jacques Chirac d’être le principal soutien financier de la rébellion, qualifiant Alassane Ouattara de « paravent » ou « d’instrument ».

Un éclairage tardif sur une crise majeure

Les déclarations de Laurent Gbagbo interviennent plus de vingt ans après le déclenchement d’une crise politico-militaire qui a profondément marqué la Côte d’Ivoire, divisée de facto entre un nord contrôlé par la rébellion et un sud resté sous l’autorité gouvernementale jusqu’à la signature des accords de paix.

Elles apportent un éclairage inédit, sans valeur judiciaire, sur les responsabilités supposées dans l’un des épisodes les plus sensibles de l’histoire politique récente du pays.


Encadré

Une déclaration à forte portée symbolique dans un paysage politique recomposé

Les propos tenus par Laurent Gbagbo le 5 février 2026, disculpant le président Alassane Ouattara du financement et de l’armement de la rébellion de septembre 2002, constituent un événement politique majeur, tant par leur contenu que par leur timing.

Un récit qui rompt avec deux décennies de soupçons

Depuis plus de vingt ans, l’idée d’une implication directe ou indirecte d’Alassane Ouattara dans la rébellion de 2002 a structuré une large partie du discours politique ivoirien, notamment dans les cercles proches de l’ancien régime.

En reconnaissant publiquement que les financements et les armes auraient été obtenus par d’autres canaux, notamment régionaux, Laurent Gbagbo désamorce l’un des récits les plus conflictuels de la crise ivoirienne.

Ce faisant, il déplace la responsabilité vers des dynamiques sous-régionales complexes, marquées à l’époque par des rivalités politiques, des médiations ambiguës et l’implication de plusieurs capitales africaines.

Une parole lourde de sens venant de Laurent Gbagbo



La portée de cette déclaration tient d’abord à son auteur.

Laurent Gbagbo n’est pas un observateur extérieur : il fut le président en exercice au moment du déclenchement de la rébellion, puis l’un des principaux acteurs de la crise politico-militaire qui a suivi.

Son témoignage, même tardif et non judiciaire, est donc politiquement crédible aux yeux d’une partie de l’opinion, y compris au-delà de son propre camp. Il marque une forme de réécriture du récit historique, ou à tout le moins, une volonté d’en corriger certains angles morts.

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