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Côte d’Ivoire | Réforme et gouvernance électorale

Le gouvernement dévoile les grandes lignes d’une architecture inédite

Côte d’Ivoire | Réforme et gouvernance électorale
‘‘Après les crises de 2000, 2010 et 2020, le gouvernement ivoirien ouvre le chantier sensible de la réforme électorale’’

Par Dahn Habib Sénamblé

Abidjan, 22 juin 2026 – Le Chef du gouvernement ivoirien a annoncé lundi, une réforme d’ampleur de la gouvernance électorale, avec la création prochaine d’un nouveau dispositif chargé d’organiser les élections en Côte d’Ivoire. S’exprimant devant les partis politiques, les organisations de la société civile et la presse, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a défendu une refonte destinée, selon lui, à renforcer la confiance dans le processus électoral et à prévenir les crises post-électorales qui ont marqué le pays depuis 2000.

Une nouvelle architecture électorale en préparation

Au cœur de cette réforme figure la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), décidée en Conseil des ministres le 6 mai 2026, après l’expiration du mandat de ses membres. Le chef du gouvernement a présenté cette décision comme « un acte de responsabilité » visant à adapter les institutions électorales aux nouvelles réalités politiques du pays.

Le futur mécanisme électoral devrait reposer sur trois structures distinctes : un organe chargé de l’organisation matérielle des élections, un autre dédié au recensement et à la compilation des votes, et un troisième responsable du contrôle et de la supervision du processus électoral. Selon le gouvernement, cette séparation des fonctions doit permettre d’améliorer la transparence, la neutralité et la crédibilité des scrutins.

Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de bâtir une administration électorale « moderne, professionnelle et compétente », capable de gérer les opérations électorales avec davantage de rigueur technique et de garanties institutionnelles.

Le poids des crises électorales dans le débat

Dans son adresse, le chef du gouvernement est revenu longuement sur les violences électorales qui ont secoué la Côte d’Ivoire au cours des deux dernières décennies, évoquant notamment les crises de 2000, 2010 et 2020. Il a rappelé que la crise post-électorale de 2010-2011 avait fait plus de 3 000 morts et provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes.

Selon lui, les différentes réformes successives de la CEI n’ont pas permis de rétablir durablement la confiance entre les acteurs politiques. « Ni la présence des partis politiques au sein des organes électoraux, ni les médiations internationales n’ont suffi à apaiser durablement les tensions », a-t-il affirmé.

Le gouvernement estime ainsi qu’une nouvelle approche institutionnelle est devenue nécessaire afin d’éviter que les élections continuent d’être des « moments de peur » plutôt que des « moments de choix démocratique ».

Une réforme inspirée de modèles africains

Le Premier ministre a indiqué que plusieurs missions d’étude avaient été menées dans des pays africains considérés comme des références en matière de stabilité électorale et d’alternance démocratique. Le gouvernement affirme vouloir s’inspirer des expériences étrangères tout en tenant compte des spécificités ivoiriennes.

Le chef du gouvernement a également mis en avant les avancées réalisées par la Côte d’Ivoire dans le domaine de la biométrie électorale, estimant que le pays constitue aujourd’hui « un modèle de référence » sur le continent.

La réforme prévoit aussi un recours accru aux technologies dans la gestion électorale, notamment pour l’inscription des électeurs, la transmission des résultats ou la géolocalisation des bureaux de vote. Mais les autorités assurent vouloir encadrer strictement ces outils afin d’éviter toute contestation liée à leur utilisation.

Appel au dialogue et à la responsabilité des acteurs politiques

Face aux partis politiques et aux organisations de la société civile, le Premier ministre a multiplié les appels à l’apaisement et au dialogue. Il a exhorté les responsables politiques à privilégier « les voies légales » dans la gestion des contestations électorales et à éviter toute instrumentalisation de la jeunesse.

Le gouvernement souhaite également renforcer l’éducation civique et électorale, en particulier auprès des jeunes, des femmes, des personnes handicapées et des primo-votants. « Un citoyen bien formé est un citoyen moins exposé à la manipulation », a insisté le chef du gouvernement.

S’adressant enfin aux médias, il a appelé les journalistes à faire preuve de responsabilité dans le traitement de l’information électorale, estimant que la presse peut contribuer soit à l’apaisement, soit à l’amplification des tensions.

Une réforme aux enjeux politiques majeurs

Cette réforme de la gouvernance électorale intervient dans un contexte où la question de la transparence des scrutins demeure particulièrement sensible en Côte d’Ivoire. Les prochaines échéances électorales devraient constituer un test important pour ce nouveau dispositif encore en préparation.

Le gouvernement assure vouloir engager une réforme destinée à consolider durablement la paix, la stabilité et la cohésion nationale. Mais plusieurs observateurs estiment que les réactions des partis d’opposition et de la société civile seront déterminantes pour mesurer le degré d’adhésion autour de cette nouvelle architecture électorale.

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