‘‘La revendication de l’État islamique relance le débat sur la communication de la junte’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Niamey, le 30 janvier 2026 – L’attaque menée dans la nuit de mercredi à jeudi contre l’aéroport international de Niamey a été revendiquée vendredi par l’organisation État islamique, selon le groupe Site, spécialisé dans la surveillance des mouvements jihadistes.
Cette revendication intervient au lendemain de déclarations de la junte militaire nigérienne accusant la Côte d’Ivoire, la France et le Bénin d’être les « sponsors » de l’attaque contre cette infrastructure stratégique située à une dizaine de kilomètres de la présidence et abritant des installations militaires.
Selon les autorités nigériennes, vingt assaillants ont été tués et quatre soldats blessés lors de combats qui ont duré environ une heure.
Des accusations sans preuves
Dès les premières heures suivant l’attaque, les plus hautes autorités nigériennes ont mis en cause les présidents français Emmanuel Macron, béninois Patrice Talon et ivoirien Alassane Ouattara, les accusant d’avoir soutenu l’opération armée.
Aucune preuve n’a cependant été rendue publique à l’appui de ces accusations, formulées avant toute revendication officielle de l’attaque. La confirmation par l’État islamique de sa responsabilité fragilise désormais la version avancée par la junte.
Dans un pays confronté depuis plus d’une décennie aux violences jihadistes, notamment de l’État islamique au Sahel et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, affilié à Al-Qaïda), l’attaque de la capitale reste rare mais s’inscrit dans une dynamique régionale bien documentée.
Un discours récurrent dans l’espace AES
Les accusations portées par Niamey rappellent celles déjà formulées par les autorités militaires du Burkina Faso et du Mali, partenaires du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui imputent régulièrement leurs difficultés sécuritaires à des puissances étrangères ou à des États voisins, sans en apporter les éléments probants.
Pour plusieurs observateurs, ce narratif participe d’une stratégie politique visant à désigner des adversaires extérieurs dans un contexte de forte pression sécuritaire intérieure.
La Côte d’Ivoire hausse le ton
Face aux accusations visant directement son chef de l’État, la Côte d’Ivoire a réagi fermement. Vendredi 30 janvier, l’ambassadrice de la République du Niger à Abidjan a été convoquée au ministère d’État, ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
Selon un communiqué officiel, le gouvernement ivoirien a exprimé sa « vive indignation » et condamné « avec la plus grande fermeté » des propos jugés contraires aux usages diplomatiques et portant atteinte à l’honneur du président Alassane Ouattara et du peuple ivoirien.
Une note de protestation formelle a été remise à la diplomate nigérienne pour transmission à Niamey.
Abidjan réaffirme sa ligne diplomatique
Tout en rappelant son attachement au dialogue, à la paix et à la coopération régionale, la Côte d’Ivoire a prévenu qu’elle ne saurait tolérer des agissements susceptibles de compromettre la qualité de ses relations bilatérales.
Le gouvernement ivoirien indique rester attentif aux suites qui seront données à cette démarche et se réserve le droit de tirer « toutes les conséquences qui s’imposent ».
La revendication de l’attaque par l’État islamique pourrait désormais contraindre les autorités nigériennes à revoir leur communication, au risque d’accentuer leur isolement diplomatique dans une région déjà profondément fragilisée.