‘‘Pourquoi le Président Alassane Ouattara est-il sommé d’arbitrer les ambitions du RHDP ?’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Abidjan, le 15 janvier 2026 — Le Président du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), Président de la République va échanger ce jeudi, avec les députés élus sous sa bannière politique. Derrière la rencontre annoncée entre Alassane Ouattara et ses nouveaux députés, se joue bien plus qu’un simple échange protocolaire. À la veille d’une législature décisive, le choix du président de l’Assemblée nationale révèle des tensions internes, des ambitions concurrentes et un enjeu stratégique majeur : la maîtrise du tempo politique et de la succession au sommet de l’État.
Une convocation lourde de sens politique
À peine rentré de Paris, le président de la République et président du RHDP a choisi de réunir, sans délai, l’ensemble des députés élus sous la bannière de son parti. Le cadre est solennel — le Palais présidentiel — et le message, clair : rien ne sera laissé au hasard dans la recomposition des équilibres institutionnels.
Officiellement, la rencontre peut être perçue comme une séance de félicitations après la large victoire du RHDP aux législatives du 27 décembre 2025. Mais politiquement, elle sonne surtout comme une mise au point préalable à l’élection du futur président de l’Assemblée nationale.
Le perchoir, un enjeu stratégique bien au-delà du Parlement
Dans l’architecture du pouvoir ivoirien, la présidence de l’Assemblée nationale n’est pas un simple poste honorifique. Elle constitue un levier institutionnel majeur, à la croisée du contrôle de l’action gouvernementale, de l’équilibre des pouvoirs et de la stabilité politique.
C’est précisément pour cette raison que les ambitions se multiplient au sein du RHDP. Le président sortant du perchoir, selon plusieurs sources, ne serait pas disposé à céder sa place. Dans le même temps, un autre cadre influent du parti serait activement soutenu pour incarner un renouvellement voulu, ou du moins préparé, au sommet.
L’annulation de la séance inaugurale : un signal politique fort
La décision du doyen d’âge d’annuler purement et simplement la séance inaugurale prévue le 16 janvier n’a pas manqué d’alimenter les interprétations. Officiellement, aucune justification n’a été avancée. Officieusement, cette annulation apparaît comme le symptôme d’un désaccord non tranché au sein de la majorité.
Dans un parti aussi structuré que le RHDP, une telle situation est rarement fortuite. Elle suggère que le consensus interne, indispensable à une démonstration de force politique, n’est pas encore totalement acquis.
Ouattara, arbitre ultime et maître du tempo
Dans ce contexte, Alassane Ouattara apparaît une fois de plus comme l’arbitre central du jeu politique. Président du parti, chef de l’État et stratège reconnu, il est le seul à pouvoir imposer une solution acceptable par tous, sans fracture visible.
Sa décision d’écourter son séjour parisien prend alors tout son sens : il fallait reprendre la main, calmer les ardeurs, contenir les ambitions et rappeler que le collectif prime sur les trajectoires individuelles.
Au-delà du perchoir, la question de la succession
L’enjeu dépasse largement la désignation d’un président de l’Assemblée nationale. En filigrane se dessine la question sensible de la succession générationnelle, régulièrement évoquée par Alassane Ouattara lui-même.
Le choix du perchoir pourrait ainsi servir de signal politique : continuité rassurante ou amorce maîtrisée d’un renouvellement. Dans tous les cas, il s’agira d’un indicateur clé de la vision du chef de l’État pour la période 2026-2030.
Unité du RHDP : priorité absolue
La rencontre de ce jeudi devrait donc viser un objectif central : aligner les députés autour d’un choix unique, éviter toute démonstration publique de division et préserver l’image d’un parti hégémonique, discipliné et cohérent.
Dans la méthode comme dans le fond, Alassane Ouattara devrait rappeler un principe cardinal de sa gouvernance : l’unité d’action avant les ambitions personnelles.
Un autre test politique grandeur nature
Plus qu’une simple réunion, cette rencontre avec les députés RHDP constitue un test politique grandeur nature. Elle dira si le parti au pouvoir est capable de gérer ses propres contradictions sans fragiliser l’édifice institutionnel.
Le perchoir sera attribué. Mais c’est surtout le message politique qui l’accompagnera — sur l’autorité, la succession et la discipline interne — qui retiendra l’attention.