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Politique

Retrait du MGC de la CAP-CI

Analyse d’une opposition ivoirienne de plus en plus confrontée au piège de l’émiettement

Retrait du MGC de la CAP-CI
‘‘Les contre-performances électorales ont également joué un rôle déterminant’’

Par Dahn Habib Sénamblé

Abidjan, le 12 janvier 2026 — Le retrait du Mouvement des générations capables (MGC) de la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI) n’est pas un simple épisode de plus dans la vie mouvementée de l’opposition ivoirienne. Il est le symptôme révélateur d’un mal profond : l’incapacité chronique de l’opposition à s’unir durablement autour d’une vision, d’une stratégie et d’un leadership partagés.

Une coalition née fragile, minée de l’intérieur

Dès sa création en mars 2025, la CAP-CI portait en elle les germes de sa fragilité. Rassembler une vingtaine de partis aux trajectoires, aux ambitions présidentielles et aux cultures politiques divergentes relevait davantage d’un compromis tactique que d’un projet politique structuré.

L’absence du PPA-CI de Laurent Gbagbo, poids lourd de l’opposition, a d’emblée privé la coalition d’une base populaire unifiée et d’un centre de gravité clair.

La sortie successive du COJEP puis du MGC confirme que la CAP-CI n’a jamais réussi à dépasser le stade d’une alliance de circonstance, incapable de gérer les divergences internes dès que les enjeux électoraux se sont précisés.

Le choc des ambitions personnelles

Au cœur de cet émiettement se trouve une réalité bien connue de la scène politique ivoirienne : la concurrence des ambitions présidentielles.

La candidature annoncée ou pressentie de Simone Ehivet Gbagbo a cristallisé des tensions latentes au sein de la CAP-CI. Pour plusieurs cadres, cette candidature est apparue comme une décision unilatérale, marginalisant d’autres figures politiques tout aussi déterminées à porter l’étendard de l’opposition.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Il traduit une difficulté persistante de l’opposition ivoirienne à organiser des mécanismes internes de régulation : primaires crédibles, arbitrages consensuels, ou leadership collégial assumé. À défaut, chaque acteur finit par reprendre sa liberté, au détriment du collectif.

Des échecs électoraux qui accentuent les fractures

Les contre-performances électorales ont également joué un rôle déterminant.

Le MGC, sans aucun siège à l’issue des législatives, a trouvé dans cet échec la confirmation de ses critiques sur le système électoral. Mais au-delà des dénonciations, ces revers nourrissent surtout les stratégies de repli identitaire des partis, chacun cherchant à préserver son capital politique plutôt qu’à s’inscrire dans une dynamique commune.

À mesure que les victoires du RHDP s’accumulent, la CAP-CI apparaît moins comme un pôle de résistance que comme une coalition sur la défensive, divisée sur la stratégie à adopter : participation institutionnelle, boycott, manifestations de rue ou négociation politique.

Une opposition éclatée, un pouvoir renforcé

L’émiettement de l’opposition a un effet mécanique : il renforce le parti au pouvoir.

Privé d’un front uni, le RHDP fait face à une pluralité d’adversaires incapables de coordonner leurs actions, leurs discours et leurs calendriers politiques. Cette dispersion affaiblit la capacité de mobilisation populaire, dilue les revendications et réduit l’impact des pressions politiques internes et internationales.

Comme le souligne plusieurs analystes, le pouvoir tire un bénéfice stratégique de cette fragmentation, qui transforme l’opposition en une mosaïque de contestations isolées plutôt qu’en une force cohérente de proposition et d’alternance.

Vers une recomposition ou une marginalisation durable ?

Le départ du MGC pose une question centrale pour l’avenir politique ivoirien : l’opposition est-elle encore capable de se recomposer autour d’un projet commun, ou est-elle condamnée à une marginalisation durable ?

Sans clarification idéologique, sans hiérarchisation des priorités et sans mécanisme crédible de gestion des ambitions personnelles, toute nouvelle coalition risque de reproduire les mêmes fractures. L’émiettement actuel n’est donc pas un accident, mais le résultat d’un déficit structurel de gouvernance interne au sein de l’opposition.

À terme, le risque est clair : une opposition affaiblie, éclatée et inaudible, laissant le champ politique largement dominé par le pouvoir en place, non par défaut de contestation, mais par défaut d’unité.

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