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Dissolution du gouvernement | Recomposition institutionnelle

Le calcul politique d’Alassane Ouattara : Analyse d’une décision stratégique

Dissolution du gouvernement | Recomposition institutionnelle
‘‘Comment Ouattara entend redessiner l’exécutif et préparer la nouvelle législature ?’’

Par Dhan Habib Sénamblé

Abidjan, le 7 janvier 2026 – La dissolution du gouvernement annoncée par le président Alassane Ouattara, ce mercredi 7 janvier 2026, s’inscrit dans une tradition politique ivoirienne où le chef de l’État conserve une maîtrise étroite du tempo institutionnel. Si le calendrier laissait présager la formation d’un nouveau gouvernement après l’installation de la législature 2026-2030, le président a choisi de devancer cette échéance, rappelant ainsi que l’initiative politique demeure, avant tout, présidentielle.

Cette décision, loin d’être improvisée, apparaît comme un signal fort : celui d’un pouvoir exécutif qui entend reprendre la main après une séquence électorale dense – présidentielle puis législatives – et ouvrir une nouvelle phase de gouvernance, plus resserrée et plus exigeante.

Une recomposition attendue après un cycle électoral achevé

Sur le plan institutionnel, la démission du Premier ministre Robert Beugré Mambé et de son gouvernement était en partie attendue. Les législatives du 27 décembre 2025 ont vu plusieurs membres de l’exécutif accéder à l’Assemblée nationale, rendant constitutionnellement logique la remise à plat de l’équipe gouvernementale.

Mais au-delà de cet aspect formel, la décision présidentielle marque la fin d’un cycle. Le gouvernement sortant aura été celui de la consolidation post-présidentielle, chargé d’accompagner la fin du processus électoral et de garantir la stabilité politique du pays. Sa mission apparaît désormais achevée.

Si la démission du gouvernement sortant était en partie attendue après les élections législatives du 27 décembre 2025, sa portée va bien au-delà. Le scrutin a vu plusieurs membres de l’exécutif accéder à l’Assemblée nationale, rendant nécessaire une révision de l’exécutif. Mais la décision présidentielle révèle aussi la volonté de redéfinir les rapports de force entre l’exécutif et la nouvelle législature, et de sécuriser le fonctionnement des institutions clés : le gouvernement, la Primature et la vice-présidence.

La Primature et le rôle du Premier ministre

En mettant fin aux fonctions du Premier ministre et de son gouvernement, Ouattara renforce son rôle dans la conduite des affaires de l’État et rappelle que la Primature reste directement subordonnée à la stratégie présidentielle. La nomination du futur Premier ministre sera donc déterminante : il devra non seulement gérer le gouvernement, mais aussi incarner la cohésion politique et coordonner l’action des ministres dans un contexte où certains sièges législatifs sont désormais occupés par des anciens membres du gouvernement.

La vice-présidence : un instrument de stabilité politique

Créée récemment comme garant de la continuité institutionnelle et de la représentation nationale, la vice-présidence constitue un pivot du pouvoir exécutif. La dissolution du gouvernement permet au président Ouattara de redéfinir le rôle et l’influence de ce poste, en s’assurant qu’il soit aligné sur ses priorités politiques et socioéconomiques. Le futur vice-président, tout comme le nouveau Premier ministre, devra contribuer à maintenir la cohésion au sein de la majorité et à gérer les relations avec une Assemblée nationale renforcée.

L’Assemblée nationale : consolidation des rapports majorité/opposition

Avec le renouvellement législatif, le RHDP sort majoritaire, mais le président doit encore s’assurer de la discipline parlementaire et de la coordination avec son gouvernement. La dissolution permet de préparer l’exécutif à travailler de manière optimale avec la législature, en adaptant les portfolios ministériels aux équilibres territoriaux et politiques. Elle offre également l’occasion de renforcer la stratégie législative, en veillant à ce que les projets du gouvernement soient portés efficacement et que l’opposition soit contenue.

Un message interne au RHDP et à la majorité

Cette dissolution revêt également une forte dimension politique interne. En mettant fin aux fonctions de l’ensemble de l’exécutif – gouvernement, ministres-gouverneurs, ministres à la Présidence –, Alassane Ouattara envoie un message clair à sa majorité : aucune position n’est acquise, et la performance reste le principal critère de maintien au pouvoir.

Dans un contexte où le RHDP sort largement renforcé des législatives, le chef de l’État semble vouloir éviter tout relâchement. La recomposition annoncée pourrait ainsi servir à rééquilibrer les forces internes, promouvoir de nouveaux profils, sanctionner certaines inerties et préparer la majorité aux défis de la législature à venir.

Le cas particulier des ministres-gouverneurs

La fin des fonctions des ministres-gouverneurs des districts autonomes mérite une lecture spécifique. Créée pour accélérer le développement territorial et renforcer la décentralisation, cette fonction a souvent suscité débats et interrogations sur son efficacité réelle et son articulation avec les autres niveaux de gouvernance locale.

En y mettant un terme, le président Ouattara pourrait amorcer une révision du dispositif de gouvernance territoriale, voire une recentralisation stratégique de certaines compétences, dans un contexte où les attentes sociales et économiques demeurent élevées.

Un recentrage sur les priorités socioéconomiques

Dans son communiqué, la Présidence insiste sur la continuité de l’État, les ministres sortants étant chargés d’expédier les affaires courantes. Mais politiquement, l’enjeu est ailleurs : le prochain gouvernement sera attendu sur des résultats concrets, notamment en matière de pouvoir d’achat, d’emploi des jeunes, de lutte contre la vie chère et de services sociaux.

Cette dissolution peut ainsi être interprétée comme un acte de relance politique, visant à donner un nouveau souffle à l’action publique et à aligner l’exécutif sur les priorités sociales d’une population désormais sortie des urnes.

Une démonstration d’autorité et de maîtrise du calendrier

Enfin, cette séquence illustre une constante du pouvoir ouattariste : la centralité du chef de l’État dans l’architecture politique ivoirienne. En surprenant observateurs et acteurs politiques, Alassane Ouattara rappelle qu’il reste le seul maître de son agenda et du rythme des réformes.

À l’orée de la législature 2026-2030, cette décision ouvre donc une période d’attente et de spéculation autour de la future équipe gouvernementale. Une équipe qui devra, à la fois, refléter les équilibres politiques issus des urnes et répondre à une exigence accrue d’efficacité.

La recomposition annoncée ne sera pas seulement un jeu de chaises musicales : elle constituera un indicateur clé des priorités du chef de l’État pour la nouvelle phase de son action politique.

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