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Afrique

Burkina Faso | Après une tentative de putsch

Ouagadougou accuse Damiba et met en cause la Côte d’Ivoire

Burkina Faso | Après une tentative de putsch
‘‘Accusations lourdes contre Abidjan sans éléments matériels de preuve, une rhétorique désormais récurrente’’

Par Dhan Habib Sénamblé

Ouagadougou, le 4 janvier 2026 – Au Burkina Faso, la transition militaire a annoncé avoir déjoué, samedi 3 janvier, une nouvelle tentative de coup d’État. Mais au-delà de l’affaire sécuritaire, cette annonce ravive surtout les tensions diplomatiques entre Ouagadougou et Abidjan, déjà fragilisées par une série de crispations ces derniers mois.

Dans une intervention diffusée sur la télévision publique, le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, a accusé l’ancien président de la transition, Paul-Henri Sandaogo Damiba, d’avoir orchestré ce complot depuis l’étranger, avec, selon lui, des financements en provenance de la Côte d’Ivoire.

Accusations lourdes contre Abidjan

Selon les autorités burkinabè, l’opération devait être déclenchée dans la nuit du samedi à dimanche et visait l’assassinat du capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition, ainsi que de plusieurs responsables militaires et civils. Le ministre évoque également un transfert de fonds estimé à 70 millions de francs CFA, qui aurait transité depuis la Côte d’Ivoire.

Des accusations graves, formulées sans éléments matériels rendus publics à ce stade, et qui risquent d’alourdir un peu plus les relations entre les deux pays voisins. Abidjan n’a, pour l’instant, pas officiellement réagi, mais ces mises en cause directes s’inscrivent dans un contexte de méfiance croissante entre les autorités burkinabè et plusieurs capitales de la sous-région.

Une rhétorique désormais récurrente

Ce n’est pas la première fois que la transition burkinabè pointe du doigt des pays voisins, et notamment la Côte d’Ivoire, qu’elle accuse régulièrement de servir de base arrière à des tentatives de déstabilisation. Une rhétorique qui interroge, alors que les relations diplomatiques entre Ouagadougou et Abidjan se sont déjà tendues autour de questions sécuritaires, judiciaires et migratoires.

Pour plusieurs observateurs, ces accusations extérieures traduisent aussi l’isolement progressif du Burkina Faso sur la scène régionale, après son éloignement de la Cédéao et son rapprochement avec le Mali et le Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel.

Une transition fragilisée par l’insécurité

Sur le plan intérieur, cette nouvelle tentative de putsch intervient alors que la situation sécuritaire reste critique. Plus de trois ans après l’arrivée des militaires au pouvoir, les attaques jihadistes se poursuivent, les déplacements de populations s’aggravent et l’objectif central de la transition — le rétablissement de la sécurité — demeure hors de portée.

Dans ce contexte, certains analystes estiment que la multiplication des annonces de complots, réels ou supposés, sert aussi à resserrer les rangs autour du pouvoir en place et à détourner l’attention des difficultés persistantes sur le terrain sécuritaire et humanitaire.

Une vidéo diffusée par les autorités montre par ailleurs un opérateur économique présenté comme impliqué, livrant des « aveux » sur son rôle présumé. Là encore, aucune information indépendante ne permet de confirmer ces éléments.

Un climat régional sous tension

Alors que le Burkina Faso accuse, la Côte d’Ivoire observe le silence, privilégiant pour l’instant la prudence diplomatique. Mais ces accusations répétées pourraient, à terme, fragiliser davantage la coopération sécuritaire régionale, pourtant cruciale face à la menace jihadiste transfrontalière.

Dans un Sahel déjà profondément déstabilisé, cette nouvelle séquence illustre combien la défiance entre voisins complique la réponse collective à l’insécurité, au risque d’accentuer l’isolement du Burkina Faso et d’affaiblir encore les mécanismes régionaux de stabilisation.

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