‘‘La défaite sportive à la CAN 2025 au Maroc ravive le débat sur l’ingérence politique au Gabon’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Libreville (Gabon), le 1 er janvier 2026 – L’élimination sans victoire du Gabon à la Coupe d’Afrique des nations 2025, organisée au Maroc, a rapidement dépassé le cadre sportif. En l’espace de quelques jours, la contre-performance des Panthères s’est transformée en affaire d’État, relançant une question récurrente dans le football africain : jusqu’où le pouvoir politique peut-il intervenir dans la gestion des sélections nationales ?
Ce Jeudi 1er janvier, le ministre des Sports par intérim, Simplice Désiré Mamboula, a annoncé à la télévision nationale la dissolution du staff technique, la suspension de l’équipe nationale « jusqu’à nouvel ordre » et la mise à l’écart de plusieurs joueurs, dont Pierre-Emerick Aubameyang. Une série de décisions prises directement par l’exécutif, sans passer par la Fédération gabonaise de football (Fegafoot), officiellement en charge de la gestion sportive.
Des décisions politiques après un Conseil des ministres
Ces mesures font suite à un Conseil des ministres tenu le 29 décembre, largement consacré à l’échec des Panthères. Le président Brice Oligui Nguema y avait dressé un réquisitoire sévère contre la gouvernance du football national, évoquant un « manque de méthode », une « dispersion des ressources » et une « érosion de la fibre patriotique ».
Une lecture politique de l’échec sportif qui interroge. Pour plusieurs observateurs, elle tend à personnaliser les responsabilités et à justifier une reprise en main directe du dossier par l’État, au risque de fragiliser l’autonomie des instances sportives pourtant exigée par la FIFA et la CAF.
Une fédération marginalisée
Dans cette séquence, la Fegafoot apparaît reléguée au second plan. Aucune communication officielle n’a précédé l’annonce gouvernementale, et aucune procédure disciplinaire interne n’a été rendue publique concernant les joueurs ou le staff mis à l’écart.
Cette marginalisation de la fédération pose un problème de gouvernance. En principe, ce sont les instances sportives qui évaluent les performances, sanctionnent ou reconduisent les encadrements techniques. Lorsque ces décisions sont prises par le pouvoir politique, le risque de sanctions internationales n’est jamais totalement écarté, même si la CAF et la FIFA ferment parfois les yeux dans des contextes jugés sensibles.
Le cas Aubameyang, symbole d’un bras de fer institutionnel
La mise à l’écart de Pierre-Emerick Aubameyang illustre cette tension. L’attaquant, figure emblématique du football gabonais, a été au cœur de choix sportifs contestés durant la CAN. Mais sa sanction, décidée par voie ministérielle, dépasse le cadre du terrain.
Elle soulève aussi la question de la gestion des stars nationales dans des systèmes où l’autorité politique tend à s’imposer comme arbitre ultime, au détriment des logiques techniques et médicales.
Une tentation récurrente après les échecs
Le Gabon n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs pays africains, les contre-performances en compétition internationale donnent lieu à des interventions directes de l’État : limogeage de sélectionneurs, gel de fédérations, commissions d’enquête gouvernementales.
Ces réponses immédiates, souvent populaires dans l’opinion, peinent toutefois à produire des effets durables. Elles masquent parfois des problèmes structurels plus profonds : championnats nationaux fragiles, formation insuffisante, instabilité institutionnelle.
Entre autorité de l’État et autonomie du sport
En reprenant la main après la CAN 2025, les autorités gabonaises assument un choix politique fort. Reste à savoir s’il s’agira d’un électrochoc ponctuel ou du début d’une gouvernance durablement centralisée du football.
La question demeure : l’ingérence politique peut-elle corriger les failles du sport, ou ne fait-elle que déplacer les responsabilités ? À terme, c’est l’équilibre entre autorité publique et autonomie sportive qui déterminera la capacité du Gabon à reconstruire une sélection compétitive.