‘’Un réseau éclaté entre Man, Lakota et Abidjan mis à rude épreuve par la Brigade de recherche et d’intervention’’
Par Dahn Habib Sénamblé
Man, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, le 31 décembre 2025 — La Brigade de recherche et d’intervention (BRI) a démantelé un réseau criminel soupçonné d’être à l’origine d’un braquage à main armée portant sur 140 millions de francs CFA. Les faits remontent au lundi 8 décembre 2025.
Il est un peu plus de 15 heures lorsque la victime, un gérant de magasin de café-cacao mandaté par une coopérative agricole de Téapleu, quitte une banque de Man après un important retrait. À bord de son véhicule, l’argent est soigneusement rangé. Mais sur la route menant à Téapleu, le trajet vire au cauchemar.
Une attaque ciblée en pleine journée
Selon le récit fait aux enquêteurs, deux hommes à moto surgissent derrière le véhicule. Les assaillants font signe au conducteur de s’arrêter, puis ouvrent le feu. Les pneus sont touchés, immobilisant la voiture. Les braqueurs s’emparent alors du sac contenant les 140 millions de francs CFA avant de prendre la fuite en direction du village de Zélé.
Choquée mais indemne, la victime se rend immédiatement à la BRI de Man pour déposer plainte. Une enquête est ouverte sans délai.
La piste de la complicité
Dès les premières auditions, un élément interpelle les enquêteurs : les agresseurs semblaient connaître avec précision l’itinéraire et le montant transporté. L’hypothèse d’une complicité interne est alors privilégiée.
Les investigations conduisent rapidement à l’interpellation d’un premier suspect, Z. M., alias « Hamed », de nationalité burkinabè, arrêté à Man. Lors de son audition, il reconnaît avoir eu connaissance du projet de braquage avant son exécution. Il révèle également avoir accompagné un complice, surnommé « Logros », lors de l’achat d’une moto Apsonic noire, celle utilisée lors de l’attaque.
Un réseau éclaté entre Man, Lakota et Abidjan
Poursuivant leurs investigations, les policiers remontent la piste du réseau. À Lakota, le 18 décembre 2025, D. M., alias « Logros », est interpellé à son domicile. Il est trouvé en possession de 5,5 millions de francs CFA. Deux jours plus tard, à Abidjan, dans le quartier Maroc à Yopougon, un autre suspect, B. A., alias « Ablo », est arrêté lors d’une opération conjointe avec la BRI locale.
Transférés à Man, les deux hommes passent aux aveux. « Logros » reconnaît avoir été recruté quelques jours avant le braquage, hébergé à Zélé et armé d’une Kalachnikov le jour des faits. Son rôle consistait à tirer sur les pneus du véhicule ciblé. Après l’attaque, le groupe se serait dispersé, transitant notamment par Touba et Daoukro, où une partie du butin lui aurait été remise.
Un cerveau toujours en fuite
De son côté, « Ablo » admet avoir servi d’intermédiaire. Il affirme avoir été contacté via WhatsApp par un individu surnommé « Môkô », présenté comme l’un des cerveaux du braquage, actuellement basé au Burkina Faso.
Les sommes saisies, dont les 5,5 millions de francs CFA retrouvés, ont été restituées à la victime sur instruction du procureur.
Des poursuites judiciaires engagées
Les suspects interpellés ont été déférés devant le parquet. Ils devront répondre de plusieurs chefs d’accusation, notamment association de malfaiteurs, vol en réunion à main armée et usage d’arme de guerre. D’autres membres du réseau, dont le commanditaire présumé, sont toujours recherchés.
Cette affaire met en lumière le caractère organisé et transfrontalier de certains réseaux criminels, mais aussi, selon la police, l’efficacité d’un travail d’enquête méthodique ayant permis de démanteler le groupe « pièce par pièce ».