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Dossier | Ressources halieutiques en Côte d’Ivoire

Un secteur en pleine mutation, entre emplois, défis et quête de souveraineté alimentaire

Dossier | Ressources halieutiques en Côte d’Ivoire
‘‘La maîtrise de la production halieutique devient un levier de souveraineté alimentaire’’

Par Sofiane Lorofolo Amine

Abidjan, le 29 décembre 2025 – De la pêche artisanale aux bassins piscicoles modernes, le secteur halieutique ivoirien s’impose progressivement comme un pilier de l’économie nationale. Créateur massif d’emplois et maillon essentiel de la sécurité alimentaire, il reste toutefois confronté à un défi majeur : combler une dépendance encore forte aux importations de poisson.

Un moteur discret mais puissant de l’emploi

En Côte d’Ivoire, les ressources halieutiques occupent une place stratégique souvent méconnue. Entre 2011 et 2024, le secteur s’est affirmé comme un important pourvoyeur d’emplois, aussi bien dans la pêche que dans l’aquaculture.

Selon les données officielles, environ 680 000 emplois ont été générés à ce jour, dont 100 000 emplois directs et 580 000 emplois indirects. Des chiffres qui traduisent l’ampleur d’un écosystème allant bien au-delà des seuls pêcheurs : mareyeuses, transporteurs, transformateurs, fabricants d’aliments pour poissons, techniciens, commerçants ou encore distributeurs.

Dans les zones rurales comme dans les périphéries urbaines, la filière représente souvent l’un des rares débouchés économiques stables, notamment pour les jeunes et les femmes.

Sur le terrain, la pisciculture comme promesse d’avenir

À la station piscicole de Koubi, dans la région du Bélier, les bassins s’alignent sous le soleil. Ici, la pisciculture est plus qu’une activité : c’est un pari sur l’avenir.

« La pisciculture est un métier d’avenir qui nourrit son homme. Mais pour faire des profits dans le secteur, il faut être patient et passionné », confie Zeregbé Yacé, technicien en pisciculture.

Comme lui, de nombreux acteurs misent sur l’élevage du poisson pour répondre à une demande nationale en constante augmentation. Tilapia, silure ou carpe sont élevés dans des conditions de plus en plus encadrées, grâce à des formations techniques et à l’amélioration des intrants.

Une production en hausse, mais encore insuffisante

Sur le plan de la production, les progrès sont réels. Les volumes nationaux de produits halieutiques sont passés de 55 864 tonnes en 2011 à 94 553 tonnes en 2024, soit une augmentation significative en un peu plus d’une décennie.

Mais cette dynamique ne suffit pas à satisfaire l’appétit des ménages ivoiriens, pour lesquels le poisson demeure une source essentielle de protéines animales. En 2023, la demande nationale était estimée à environ 730 000 tonnes, tandis que la production locale ne couvrait moins de 15 % des besoins.

Résultat : le poisson figure toujours parmi les principales denrées importées, pesant lourdement sur la balance commerciale du pays.

Structurer la filière pour combler le déficit

Face à ce déséquilibre, les autorités ivoiriennes ont engagé plusieurs réformes structurelles. Parmi les actions phares :

  • la création de l’Association nationale des aquaculteurs de Côte d’Ivoire (ANAQUACI), pour mieux organiser les acteurs du secteur ;
  • la modernisation des infrastructures de production ;
  • la diffusion de 25 millions d’alevins améliorés, afin d’augmenter les rendements.

Ces efforts ont permis une hausse notable de la production d’alevins, un maillon clé pour le développement de l’aquaculture à grande échelle.

Le PSTACI, pierre angulaire de la transformation

Cette dynamique est portée par des programmes structurants, au premier rang desquels figure le Programme stratégique de transformation de l’aquaculture en Côte d’Ivoire (PSTACI). Objectif affiché : atteindre une production de 150 000 tonnes de poissons par an d’ici à 2030.

« Deux objectifs principaux ont été fixés dans le cadre de la création de ce programme. Il s'agit d'améliorer la production aquacole et de susciter l'investissement dans le secteur, aussi bien dans le privé que dans le public, avec l’impulsion de l’État », explique Modibo Samaké, coordonnateur du PSTACI.

Le programme mise notamment sur l’attraction des investisseurs, l’accès au financement, le renforcement des capacités techniques et l’accompagnement des petits producteurs.

Entre enjeux économiques et sécurité alimentaire

Au-delà des chiffres, l’enjeu est aussi social et stratégique. Dans un contexte de croissance démographique rapide et de volatilité des marchés internationaux, la maîtrise de la production halieutique devient un levier de souveraineté alimentaire.

Réduire les importations, sécuriser l’approvisionnement des populations et stabiliser les prix figurent parmi les priorités du gouvernement. Le secteur halieutique apparaît ainsi comme un outil de résilience, capable de soutenir à la fois l’emploi, les revenus ruraux et la nutrition des ménages.

Un secteur encore fragile, mais porteur d’espoir

Malgré les avancées, des défis persistent : accès limité au financement pour les petits aquaculteurs, coûts élevés des intrants, pression sur les ressources halieutiques naturelles et nécessité d’une meilleure régulation.

Mais pour de nombreux acteurs, la trajectoire est claire. À travers réformes, investissements et structuration de la filière, la Côte d’Ivoire entend transformer son potentiel halieutique en atout économique durable.

Un pari de long terme, où chaque bassin piscicole et chaque filet jeté dans l’eau participe à construire une sécurité alimentaire renforcée, au cœur du développement national.

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